Lancée il y a un peu plus d’un an, la plateforme Wine Lister ambitionne de croiser un très large éventail de données sur les grands vins afin de déterminer leur cote réelle. Un outil de plus en plus prisé des acheteurs professionnels comme des grands amateurs.

Elle est aussi à l’aise dans la langue de Shakespeare que dans celle de Molière et de Dante, a étudié la littérature à Oxford avant de se plonger dans le monde des fusions & acquisitions à la Banque Lazard, a caressé un moment le fantasme de travailler dans le cinéma, pour finalement s’essayer au journalisme spécialisé dans le vin avec la revue World of Fine Wine. Le parcours d’Ella Lister est aussi désarmant que l’intelligence acérée dont elle fait preuve quand elle évoque la naissance de « son » bébé, le site Wine Lister, lancé en mai 2016.

Elle raconte : « grâce à mes parents, qui aimaient le vin et m’emmenaient souvent en vacances en France et en Italie, j’ai toujours eu le goût de ce produit, mais je n’imaginais pas que l’on pouvait en faire une carrière jusqu’à ce que j’écrive pour World of Fine Wine. En parallèle de mes activités pour cette revue, j’avais développé une activité de consulting auprès d’entreprises de stockage ou de collectionneurs particuliers, et j’ai réalisé qu’on manquait d’analyses approfondies sur le vin – un système d’évaluation basé sur de vraies données, rigoureux, et surtout indépendant (pas de vente à la clé) ». Dès lors, Ella Lister s’est lancée dans un travail patient et méthodique : dresser une longue liste de critères d’évaluation des vins, avec des experts, des œnologues, des Masters of Wine, des acteurs clés du négoce international. Sans oublier l’appui des Français Bettane & Desseauve qui, au moment de la levée de fonds, acceptent de devenir actionnaires minoritaires du projet.

Effet Brexit ?

En s’entourant de développeurs, experts en bases de données et data scientists pour convertir les différents critères en notes, Ella Lister est parvenue, au bout d’un an de travail, à la somme colossale de 3 686 vins référencés (52 554 si on compte tous les millésimes). Pour un abonnement de 90 livres par an (ou 10 livres par mois), les acteurs du négoce et grands collectionneurs – ces derniers représentants les trois-quarts des abonnés – ont accès à une grille d’évaluation extrêmement pertinente des vins qui les intéressent, basée sur trois critères (Quality, Brand, Economics) eux-même divisés en sous-critères (présence en restauration, stabilité des prix, etc.) Une fois que l’on a appris à utiliser l’outil, il se révèle assez intuitif, et même ludique, puisqu’on peut comparer plusieurs vins entre eux. Détail important : les vins ne sont pas « notés » sur 100, ce qui pourrait créer une confusion avec des notes de dégustation, mais ont des notes moyennes entre 400 et 600 (Cheval Blanc 2016, par exemple, pointe à 980).

Mais ce n’est pas tout. Wine Lister s’accompagne également d’une partie éditoriale : un blog, mais aussi des dossiers proposant des analyses très poussées sur des thématiques précises, comme « Le Retour en Forme de Bordeaux ». « Bordeaux garde un très fort pouvoir d’attraction, malgré le Bordeaux Bashing de ces dernières années, et malgré les quelques exagérations en prix de la campagne 2016 », souligne Ella Lister. « On a assisté au repositionnement intelligent de quelques marques comme Calon-Ségur, Canon, Figeac… Mais au-delà du prix, ce sont les reventes qui sont le vrai indicateur, et les Anglais ont beaucoup acheté, malgré le Brexit. Cependant il convient d’être prudent, car pour l’instant nous n’avons eu affaire qu’à une modification du taux de change. Le véritable impact du Brexit est encore à venir ». Un crève-cœur pour cette europhile convaincue, qui reste néanmoins confiante sur l’avenir de sa plateforme : « nous avons encore beaucoup d’idées et d’outils à développer, ce n’est que le début ! »

www.wine-lister.com