Le Bordelais Alain Raynaud supervise la plantation de 5 hectares sur Sark, et ce à la demande des jumeaux Barclay, des milliardaires écossais
Encore un territoire à conquérir pour la vigne ! La boussole est ici pointée sur Sark (Sercq en français), pépite des îles anglo-normandes (Jersey, Guernesey...) au large de Saint-Malo, dans la Manche.
« Cet îlot n'a jamais abrité de vigne, c'est donc un défi à relever. Nous pensons y produire de jolis vins blancs, voire des pétillants. Si on peut planter de la vigne partout, plus difficile est d'obtenir de la qualité partout. »
Alain Raynaud est une personnalité reconnue de la viticulture bordelaise. Propriétaire, avec sa famille, en Libournais, il conseille aussi sur le plan technique une vingtaine de propriétés en France comme aux États-Unis ou en Argentine.
Sachant que l'on trouve déjà de la vigne dans des endroits aussi exotiques que Tahiti, la Thaïlande (deux récoltes par an) ou le Zimbabwe, pourquoi pas à Sark ? D'autant que le lieu jouit d'un climat s'approchant de celui du Val-de-Loire, où sont produits d'excellents vins ; et qu'avec le réchauffement climatique, la limite de culture de la vigne semble repoussée vers le nord dans notre hémisphère.
« Les plantations, sur les 5 hectares concernés - avec un sol à dominante granitique -, débuteront en avril avec du pinot gris, du chardonnay et du savagnin, et ce grâce à un pépiniériste du Sud-Ouest. La densité sera élevée - 8 500 pieds/hectare - pour mettre les ceps en compétition, ce qui est un atout qualitatif. Mais le principal défi sera le vent, parfois violent : il faudra un palissage adapté », poursuit Alain Raynaud, qui s'est déjà rendu sur place trois fois et qui dispose d'un contrat de cinq ans, jusqu'à la conception des premiers vins.
25 000 bouteilles
Sur cette île sans voiture et uniquement joignable par bateau, un chai verra le jour. Avec l'embauche d'un jeune BTS viti-oeno qui formera les équipes sur place. À terme, 25 000 bouteilles sont attendues pour régaler notamment les 40 000 touristes annuels fréquentant ce petit paradis.
Si cette aventure viticole voit le jour, c'est grâce à la volonté des frères Barclay, habitants de ce lieu fréquenté aussi par des exilés fiscaux ou de riches retraités.
David et Frédéric, jumeaux écossais milliardaires de 75 ans - entrés en contact avec Alain Raynaud via des connaissances communes -, sont aussi propriétaires du « Daily Telegraph » (grand quotidien conservateur) et de l'hôtel Ritz, à Londres.
L'empire Barclay
Nés à dix minutes d'intervalle dans une modeste famille de dix enfants, ils ont commencé à bâtir leur empire en restaurant - ils étaient peintres décorateurs - et en revendant des hôtels miteux à Londres.
Leur fortune est aujourd'hui estimée à près de 2 milliards d'euros. Ils vivent dans un château du Moyen Âge, avec plate-forme d'atterrissage pour hélicoptère, sur la minuscule île de Brecqhou, à l'ouest de Sark.
Bien qu'ils aient eu un très sérieux différend l'an dernier avec les autorités de Sark - cette île de 6 kilomètres carrés dont les 600 habitants dépendent du baillage de Guernesey et sont sous l'autorité de Sa Majesté Elizabeth II -, les frères Barclay sont toujours propriétaires d'une grande partie des terres de cette île qu'ils louent à des fermiers.