L'insatiable appétit de projets du Bordelais Bernard Magrez, propriétaire de 35 châteaux viticoles dans plusieurs pays du monde, mécène et amateur d'art, est en train de connaître un nouvel aboutissement. Ce dernier vient en effet de finaliser la création de l'Institut culturel Bernard Magrez (ICBM), une fondation dont l'une des particularités est la création à Bordeaux, dans le château Labottière, d'une résidence d'artistes sur le modèle de la célèbre Villa Médicis, l'académie française d'art installée à Rome.
La fondation créée par Bernard Magrez s'appuie en fait sur trois châteaux dans lesquels ce dernier organise déjà des activités culturelles, à savoir Pape Clément, La Tour Carnet et Fombrauge, auxquels s'ajoute un quatrième, Labottière, qui n'est pas une exploitation viticole et dont Bernard Magrez vient juste de récupérer la jouissance.
Installé en plein centre de Bordeaux, dans le quartier de la barrière du Médoc, Labottière est un hôtel particulier du XVIIIe siècle, ceint d'un jardin conséquent, que l'homme d'affaires avait acheté au groupe Suez il y a une douzaine d'années. Cet immeuble est resté occupé jusqu'au décès du dernier de ses habitants, durant l'été 2009. Désormais disponible, Labottière permet à son propriétaire de boucler son projet d'institut culturel.
Les quatre piliers
Le siège de l'ICBM est installé au château Pape Clément, grand cru classé des Graves et coeur du système Magrez. Ce château situé à Pessac, dans la banlieue de Bordeaux, est déjà le siège d'événements liés aux arts modernes et à la musique. À La Tour Carnet, ancienne propriété de la soeur de Montaigne, bâtisse où La Boétie aurait partiellement rédigé son « Discours sur la servitude volontaire », devenu ensuite un grand cru classé Haut Médoc, Magrez développe des activités littéraires et des concours de littérature. Le château Fombrauge, encore un grand cru, mais de Saint-Émilion cette fois, conserve son thème de la musique, avec des concerts et quatre artistes en résidence. C'est sur ce modèle que Bernard Magrez va donc investir Labottière, qui constitue le dernier pilier de la toute nouvelle fondation.
Double activité
Ce lieu sera dédié à l'art contemporain, avec une double activité. Labottière fonctionnera tout d'abord comme une galerie d'art classique et un musée, ouvert au public tous les jours. Il accueillera ensuite quatre ateliers proposés à autant de jeunes talents prometteurs, dont le logement et les frais de vie seront pris en charge par la fondation, dans un immeuble adjacent au château. Bref, « une réplique de la Villa Médicis », comme le dit Bernard Magrez, dont l'ouverture au public est prévue pour juin 2010. En ce lieu, ce dernier veut « faire découvrir des oeuvres d'art contemporain au grand public » et soutenir des artistes en devenir.
Aujourd'hui âgé de 73 ans, Bernard Magrez éprouve le besoin de « redonner une partie de ce que la vie (lui) a permis de réaliser. Je me sens un devoir de faire ça. J'espère qu'on réussira ».
Un homme de caractère
« Ne jamais renoncer ». Pendant longtemps, les employés de Bernard Magrez avaient cette maxime inscrite au dos de la cravate. Et sur le bureau du patron, un écriteau : « Celui qui entre ici avec un problème et pas de solution fait lui-même partie du problème ». Ambiance. Bernard Magrez est un homme à poigne doté d'un fichu caractère. Doté d'un CAP de découpe de bois mais surtout d'une hargne exceptionnelle, il a monté un groupe de vins et spiritueux international (William Pitters), avant de se recentrer sur le vin, le soutien à diverses causes et les investissements dans l'art.