Le Bordelais vient d'acquérir les 100 hectares du domaine de l'Herré, à Manciet
François Lurton n'a pas trouvé dans le Gers que de bons mécaniciens pour lui permettre de boucler le dernier Rallye Dakar au volant d'un buggy préparé sur les hauteurs de Barcelonne-du-Gers. Le viticulteur bordelais, un des héritiers de la dynastie Lurton (Châteaux Bonnet, La Louvière, Dauzac...) qui a fondé sa société en 1988 à Vayres, a aussi été séduit par « une région qui a une histoire et un fort potentiel viticole. »
À tel point qu'il vient d'acquérir, en partenariat avec Pascal de Bon (ex-patron chez Nortel Networks), les 100 hectares du domaine de l'Herré, situé à Manciet. Le vignoble, vendu par Jean-Bernard Job qui continuera cependant pour l'instant à le gérer, sera mis à disposition des Domaines François Lurton qui vont le transformer en base centrale pour la production de leur gamme de vins blancs, et notamment de leur marque Les Fumées blanches.
35 000 hectolitres par an
Un sauvignon qu'il a lancé avec son frère Jacques et qui a rapidement rencontré beaucoup de succès dans le monde entier, notamment au Canada. « On en produit 35 000 hectolitres par an », précise François Lurton. Cette cuvée Les Fumées blanches est composée à 60 % de sauvignon du Gers, 15 % provenant du domaine de l'Herré où il supervise depuis 2006 la production d'une gamme de vins à la propriété. Il connaissait donc déjà très bien la qualité de ces raisins.
Mais pourquoi un Bordelais investirait-il dans le Gers ? « C'est un endroit remarquable pour le sauvignon », répond François Lurton qui est aussi propriétaire de 24 hectares au Mas Janeil (Côtes du Roussillon villages) à Tautaval dans les Pyrénées-Orientales et de 18 hectares au Château des Erles (AOC Fitou) dans la région de l'appellation, après avoir d'abord investi au milieu des années 1990 dans les vignobles argentins et chiliens.
« On retrouve dans le Gers l'atmosphère de l'Entre-deux-Mers. C'est le même type de sol, calcaire et boulbène. L'intérêt avec un monocépage comme le sauvignon est qu'on trouve des origines multiples pour obtenir un vin complexe avec des arômes différents. Le Gers propose une bonne mosaïque de terroirs et le climat est très bien adapté pour ce vin : ça reste une zone fraîche et à moins de 150 km du bord de mer. »
« En bio d'ici trois ans »
Le domaine de l'Herré est la première propriété de François Lurton en Gascogne. « Je vais peut-être doubler le domaine, mais on n'ira pas plus loin, prévient-il. Je n'ai pas l'intention de m'autosuffire. » Avec cet investissement, il sécurise son approvisionnement en vin blanc du Gers, tout en développant encore plus ses liens avec les producteurs de la région, avec lesquels il collabore depuis plus de dix ans.
« L'objectif est aussi de faire passer Les Fumées blanches en bio d'ici trois ans, prévient encore François Lurton. Je veux m'inscrire dans cette région bien adaptée à ce cépage et montrer qu'il y a des choses à y faire. » Et il a déjà des pistes de travail. « Le marché français aime bien relier un vin à une propriété », souligne-t-il. Voilà pourquoi le domaine qu'il vient d'acquérir produira également deux vins sous le nom du domaine de l'Herré : un chardonnay et un sauvignon en vin de pays côtes-de-gascogne.