Le vignoble de la cité et ses satellites de la juridiction veulent retrouver leur place au sein d'une agriculture raisonnée, notamment par la replantation de haies
Le Conseil des vins de Saint-Émilion a décidé de valoriser et de protéger ce capital constitué par les paysages de la juridiction, classés par l'Unesco.
Après la folie meurtrière du « tout mécanique et chimique » des années 1970, c'est une agriculture durable et respectueuse de l'environnement qui doit amener à réfléchir à la mise en place de projets de territoires, axés sur la problématique environnementale.
Une réflexion sur l'aménagement du paysage viticole et l'amélioration de la biodiversité fonctionnelle a donc été initiée par le Conseil des vins de Saint-Émilion, en collaboration avec les maires des communes des appellations Saint-Émilion, Saint-Émilion grand cru, Lussac-Saint-Émilion et Puisseguin- Saint-Émilion, et l'Enitab (École nationale d'ingénieurs des travaux agricoles de Bordeaux). La démarche est novatrice puisqu'elle concerne un large territoire et a pour volonté d'impliquer l'ensemble de ses acteurs.
Des premières plantations de haies avaient été faites à l'occasion de la Sainte-Catherine, le 24 novembre dernier. Mardi matin, salle des Dominicains à Saint-Émilion, six étudiants, en troisième année de l'Enitab rendaient leur copie en présentant le fruit de leurs études, réflexions et recommandations, aux élus et professionnels du monde agricole. La replantation des haies est au centre de leur projet, mais elle s'accompagne de réflexions plus larges, car « il faut raisonner à l'échelle d'un territoire et non pas sur une seule parcelle ».
Fleurs et insectes
Il convient notamment de réfléchir au choix des espèces qui composent ces haies, sélectionnées parmi les espèces de la région, afin de favoriser le développement des insectes. Cette réimplantation de variétés de fleurs locales est destinée à conserver et à renouveler la biodiversité des insectes. L'enherbement de surface doit lutter contre le ruissellement et limiter l'érosion, permettant aussi l'absorption des substances polluantes, tels sont les nouveaux objectifs de ces plantations.
Charte de Fontevraud
Selon les étudiants, « un cheminement est à mettre en place qui devrait aboutir à la création d'un conseil scientifique et à la réalisation d'une charte, qui pourrait être calquée sur celle de Fontevraud ».
Ce document mis en place en 2003 dans les Pays de Loire permet l'accès à un réseau d'excellence international des paysages viticoles. Ce projet prévoit également la création d'un emploi d'animateur. Bernard Lauret, en qualité de président de la Communauté de communes, rappelait que la ZPPAUP, qui date de 2007, pourrait être considérée comme un atout pour ce projet. Elle contribue à conserver une cohérence au niveau du paysage qui est vivant, donc jamais figé.
Il regrettait toutefois que le plus grand propriétaire de la juridiction, la SNCF, n'ait pas été évoqué dans ce rapport. « La voie ferrée coupe en deux la juridiction, et ses terrains sont complètement délaissés. »
Pour qui l'addition ?
Jean-François Quenin, président du Conseil des vins, reste réaliste sur le sujet, car toutes ces idées auront un coût que le Conseil ne pourra pas financer : « L'idée est d'insuffler une motivation aux viticulteurs. Si Saint-Émilion doit être cité en exemple, cela sera aussi pour ses choix en matière de vin. Les propriétaires de grands crus ont donc un rôle moteur à jouer. Un ver- re de vin par jour est bon pour la santé : bio et respectant la biodiversité, il sera encore meilleur. »