Le SGV et le SVBC ont trouvé un compromis pour un rendement plancher, assorti d'une réserve de gestion. Ils s'inquiètent de la libéralisation des droits de plantation
Les lignes bougent sur le front viticole. Lors de son assemblée générale, hier à Cognac, le Syndicat des viticulteurs bouilleurs de cru (SVBC) a annoncé avoir trouvé un compromis avec son homologue majoritaire, le Syndicat général des vignerons (SGV), sur le rendement. Autrement dit, le seuil maximal de production pour un hectare.
Le mode de calcul est basé sur l'estimation des ventes à venir. Problème : avec la forte baisse du marché du cognac, le rendement ne compense plus les coûts de production, évalués à 6 340 ? pour un hectare en Fins bois. Il faudrait un rendement entre 9 et 9,5 hectolitres d'alcool pur (AP) par hectare. Avec un seuil de 8,12 hl / AP par ha pour la vendange 2009, et une prévision de 7,5 hl / AP par ha pour 2010, on en est loin.
D'après le SVBC, la perte se chiffre cette année à 615 ? par hectare, soit un total de 43 millions d'euros évaporés, plus de 8 000 ? en moyenne par viticulteur. Les syndicats ont planché dur. Le SGV a avancé l'idée d'un rendement plancher. Il est tombé d'accord avec le SVBC pour le fixer à 90 % des coûts de production. Dans la situation actuelle, il s'élèverait ainsi à 8,1 hl / AP par ha.
Le chemin est encore long
Cela reste insuffisant pour le SVBC, qui est revenu à la charge sur le concept de réserve de gestion, une portion supplémentaire stockée sous bois et libérée de manière individuelle, sous certaines conditions. Un compromis a finalement été trouvé sur une réserve de gestion de 1 hl / AP par ha. Le négoce serait partant. Mais le chemin est encore long. Il faudra valider la décision au niveau de l'interprofession, revoir le cahier des charges de l'AOC cognac, et surtout convaincre le ministère. Or celui-ci tique déjà sur l'application encore mal maîtrisée de la réserve climatique, qui vient d'être acceptée. Vice-président du SVBC, Stéphane Roy ne désespère pas d'avancer vite, en jouant sur l'union.
Tout cela est complexe, mais éminemment stratégique. Tout comme le dossier de la libéralisation des droits de plantation, que le SVBC a ouvert avec le regard éclairé du SGV-Champagne. Dans un exposé limpide, Benoît Stenne, responsable d'antenne du syndicat champenois (et ancien directeur du SGV cognac), a expliqué combien le contrôle des droits de plantation avait permis à cette région s'asseoir sa richesse.
L'exemple de la Champagne
La région du cognac apporte un contre-exemple. La surface de production est passée de 47 500 hectares en 1960, à 96 000 en 1976, pour retomber à 74 000 aujourd'hui. C'est encore 5 000 à 10 000 hectares de trop pour garantir un revenu décent à ceux qui les exploitent.
En 2007, la Commission européenne, portée par une logique ultralibérale, a décidé de déréglementer totalement les droits de plantation en 2013. La mobilisation de certains états viticoles a permis d'obtenir un sursis jusqu'en 2015, voire jusqu'en 2018 sur un plan national. La Champagne est inquiète, car cela coïncidera avec le moment où elle va étendre sa région de production. La viticulture française est unanime pour refuser ce massacre annoncé de siècles de labeur pour vendre des produits reconnus et de qualité. Bernard Guionnet, président de l'interprofession du cognac, est revenu pessimiste d'une rencontre au ministère de l'Agriculture, la semaine dernière. Pour lui, il faut sérieusement réfléchir à d'autres moyens de maîtriser son destin.
Joël Falmet, vice-président du SGV-Champagne, se veut plus serein. Pour lui, les déboires de l'ultralibéralisme, qui ont conduit à la crise actuelle, doivent servir de leçon, et amener les politiques à revenir sur leurs décisions. Il faut que la viticulture de France, mais aussi d'Espagne ou d'Italie, pèse de tout son poids, pour empêcher une réforme destructrice, en particulier pour les plus vulnérables.