Une dégustation en avant-première des primeurs des blancs moelleux et liquoreux laisse entrevoir un millésime particulièrement précoce.
Ce n'est pas parce que la marque Sweet Bordeaux, initiée par l'Union des Grands vins liquoreux de Bordeaux (1) n'a pas un an d'existence qu'elle ne doit pas, elle aussi, participer au grand round annuel du milieu que sont les dégustations des primeurs. Cette semaine donc, à Cadillac, quelque 80 viticulteurs des différentes appellations ont joué le jeu de présenter leur millésime 2009 de blanc moelleux ou liquoreux.
Loin de l'objectif commercial des primeurs, cette version anticipée de deux semaines avait surtout pour vocation « de créer du lien ». Même si courtiers et négociants étaient de la partie. Comme l'explique Philippe Dejeans, le président de l'Union, « il est toujours intéressant de voir ce que fait le voisin, cela permet de se situer ». Car, au-delà des individualités, « c'est toute la profession qui a à y gagner », plaide le président, reprenant là toute la philosophie du concept Sweet Bordeaux.
Apprendre à se connaître
Philippe Gaussen, château Médouc à Sainte-Croix-du-Mont, partage cette conception. « C'est toujours intéressant pour un professionnel de pouvoir se situer à l'intérieur de son appellation mais aussi vis-à-vis d'appellations similaires comme les Loupiac et les Cérons pour nous. » Mais le producteur regrette que « l'on ne soit pas plus nombreux de l'appellation à présenter nos vins ». En effet, quatre viticulteurs sont recensés. On est loin de l'imposante tablée proposée par l'AOC Sauternes-Barsac, que certains petits producteurs regardent « avec envie ». « Pas facile de se faire connaître », même derrière l'identité commune « Sweet Bordeaux ». Sauternes, ses volumes plus importants, ses crus classés, reste Sauternes.
Ce qui ne doit rien ôter au mérite des 10 autres appellations. D'autant que, pour tous, le millésime 2009 s'annonce très prometteur. Une gorgée à peine en bouche et l'on pourrait presque croire ces primeurs parés pour une mise sur le marché. Des Graves Supérieurs (du moins son unique représentant !) aux coteaux de Garonne, les moelleux affichent une « très bonne homogénéité », un équilibre harmonieux entre acidité et rondeur et déjà des arômes affirmés « de pêche » disent certains, « très confiturés » affinent d'autres.
À consommer rapidement
Plus surprenante est incontestablement la précocité des breuvages. Les vins semblent en effet avoir déjà entamé une certaine évolution qui laisse augurer un très bon millésime, dont « on pourra profiter sans attendre », anticipe un producteur. Si les conditions de récolte extrêmement favorables y sont pour beaucoup, voilà qui devrait permettre de s'abstenir d'un passage en fût de chêne pour gagner en bouche. Un retour à un peu moins d'artifices que semblent précisément rechercher de nouveau les consommateurs.
(1) L'Union regroupe 11 appellations de blancs moelleux et liquoreux : Cadillac, Loupiac, Sainte-Croix-du-Mont, Cérons, Barsac, Sauternes, Premières Côtes de Bordeaux blancs, Côte de Bordeaux Saint-Macaire, Bordeaux Supérieur, Sainte-Foy Bordeaux et Graves Supérieures.