Le chai de Jean-Luc Thunevin a reçu deux certifications concernant la traçabilité, la qualité et la recherche du meilleur bilan environnemental
Ceux pour qui l'élaboration du sang de la terre se doit d'être un processus romantique qui cède à un certain nombre d'images et de mythes ont du souci à se faire. Car si le vin reste un produit à part, le vent de la modernité s'est engouffré entre les pieds de vignes, et on ne le produit plus tel que le faisaient nos grands-pères. Tant mieux, diront certains, dommage, souffleront les autres. Tout est question de point de vue.
Les agréments, les normes, les logiques d'entreprise ont fait leur apparition, et Jean-Luc Thunevin, le célèbre propriétaire autodidacte du château Valandraud, se considère précurseur en la matière. « Les gens rêvent le vin comme une production artisanale, mais c'est une mentalité bien française. Il en va de même pour de nombreux produits de luxe. Aujourd'hui, la réalité viticole, surtout à l'export, est tout autre. On est constamment dans la recherche pour améliorer la qualité de nos produits. »
Traçabilité et environnement
Depuis le 28 janvier, celui qui a su se faire une place de marque à Saint-Émilion a obtenu deux certifications. « Il s'agit juste d'officialiser ce que j'essaye de faire depuis vingt ans. Mais ce processus s'est accéléré depuis deux ans, car j'ai embauché un expert, Clothilde Tamisier, qui est devenue mon référent-qualité. La certification Iso 9001 porte aussi sur la traçabilité. Il s'agit d'un process très académique qui permet de retrouver l'historique de chaque bouteille, jusqu'au pépiniériste qui a fourni la graine de raisin. La certification Iso 14 001 concerne l'analyse de l'ensemble des facteurs environnementaux qui peuvent avoir une influence sur la qualité du vin. »
Recherche de qualité
Ce sont en premier lieu les locaux qui sont visés. Évacuation des déchets, nettoyage, peintures, ce formalisme s'applique aussi à tous ses fournisseurs. Outils utilisés, produits de nettoyage, protection de l'environnement. « L'eau est filtrée au charbon, un minuteur est installé sur les robinets, les ampoules sont de basse consommation, les murs ont été enduits à la chaux... Nous sommes à fond dans une démarche de recherche de qualité et de développement durable. »
Jean-Luc Thunevin n'est pourtant pas un ayatollah du bio. Il ne compte d'ailleurs pas mettre ses vignes en conversion. « Je ne veux pas me refuser d'utiliser les bons produits en cas de catastrophe. » L'autodidacte résume sa position par une métaphore : « Si je suis malade, je me soigne avec de l'homéopathie, mais si c'est vraiment sérieux, je prends des antibiotiques, comme tout le monde. J'applique juste cette logique à mes vignes. »
Une mentalité bien française
Aujourd'hui, Jean-Luc Thunevin reconnaît que 80 % de sa production part à l'export. « Notre premier client, c'est le Japon. Mais je peux aussi prendre pour exemple les pays nordiques, qui sont très en avance sur nous sur la question. Ils effectuent des tests sur nos produits dont nous ne connaissons même pas l'existence. Je pense qu'à terme, la traçabilité deviendra la condition sine qua non pour les AOC. En France, on utilise le sacro-saint principe de précaution dans tellement de situations. Chez nous, même les produits de nettoyage des cuves sont bio. »
Jean-Luc Thunevin n'a pas non plus l'intention de communiquer sur ces deux certifications. « On me proposait récemment de faire figurer un logo sur mes bouteilles, mais je ne vois pas l'intérêt, et le consommateur non-plus. Ces normes, c'est surtout pour nous, pour notre personnel, pour être cohérent en matière de qualité, d'environnement, de sécurité. C'est juste la possibilité de prouver que ce qu'on dit, on le met vraiment en application. »
Les autres exploitants vont-ils suivre ? Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) souhaiterait que, d'ici quelques années, 4 000 exploitations passent la certification Iso 14 001, et cherche à mettre en place un programme les regroupant pour faciliter le suivi et l'accompagnement de chacune d'entre elles.