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En direct de Bordeaux pour les primeurs 2009

29.03.2010 / Conso

En direct de Bordeaux pour les primeurs 2009
La campagne qui s'ouvre cette semaine sur le millésime 2009 s'annonce prometteuse.

En haut de la côte, en arrivant à Pauillac par la route des châteaux, attention à ne pas rater, sur la droite, l'entrée discrète de Latour. Juste la place de garer la voiture avant de stopper devant trois bornes métalliques que le gardien, qui fut majordome chez l'industriel Clément Fayat, baisse après que l'on a montré patte blanche.
Avant d'arriver aux bureaux, on roule 200 mètres au pas, longeant une parcelle où les ouvriers plantent des piquets neufs, les enfonçant à coups de masse, la sueur au front. Vigneron est un travail difficile et, avant de goûter le millésime 2009, il est bon de se rappeler que le 2010 est déjà sur les rails.
Devant son ordinateur, Sonia Guerlou détaille les visites attendues cette semaine. Son tableau Excel est long comme un jour sans pain. « Plus de 900 visiteurs au programme. Les rendez-vous sont parfois pris depuis décembre. Nous avons énormément de demandes après une campagne bien molle sur le 2008. Anglais et Chinois arrivent en tête des professionnels », indique celle qui gère depuis sept ans le planning de visites au Château Latour (72 hectares, 60 employés), l'un des premiers crus au classement de 1855, l'élite de l'élite bordelaise.
Les visiteurs sont reçus par les cadres du château dans deux salles aux larges baies vitrées donnant sur les vignes. Sur la table, trois verres de vin en offrande, comme trois calices : le grand vin de la propriété, le deuxième (Forts de Latour) et le troisième (Pauillac).
« Parfois, l'ambiance est quasi monacale : le visiteur déguste et repart en silence. D'autres posent quelques questions, au-delà de la fiche fournie avec les détails météo du millésime », avance Pierre-Henri Chabot, le maître de chai. Tous repartent avec les notes en poche ou l'ordinateur en bandoulière. En quelques minutes, c'est fait : ils ont leur idée sur le 2009 de Latour. En repartant, on croise des courtiers venus aussi se faire une opinion.

Lafite Rothschild en travaux
Direction Lafite Rothschild, un peu plus au nord, toujours dans cette commune de Pauillac où près de 90 % des 1 200 hectares de l'AOC sont désormais aux mains de crus classés qui s'arrachent le foncier à coups de millions.
« 1 200 professionnels sont attendus cette année, où nous dégusterons dans une salle de 25 places au Château Duhart-Milon », précise Charles Chevallier, directeur technique arrivé dans le groupe en 1983. En effet, le Château Lafite Rothschild (110 hectares) est en travaux. Au menu, un chai de stockage à la place de vieilles maisons d'habitation et l'extension du cuvier. Du coup, direction l'autre propriété pauillacaise (et classée) d'Éric de Rothschild, Duhart-Milon (78 hectares), l'ensemble employant 125 personnes. Le visiteur dégustera aussi Les Carruades, un second vin très coté.
En repartant, passant devant un poulailler aux coqs chantant sous les saules pleureurs, on repensera à tous ces travaux, parfois gigantesques, menés dans les grandes propriétés. Hier Cos d'Estournel, aujourd'hui, donc, Lafite, son voisin Mouton, Montrose (Saint-Estèphe), Cheval Blanc (Saint-Émilion) ou Yquem (Sauternes).
Les millions gagnés avec l'envolée des prix depuis une décennie sont, au moins en partie, réinvestis sur place...

1 000 par jour à Batailley
À Batailley (57 hectares), autre cru classé de Pauillac, Philippe Castéja reçoit à domicile. Il possède, avec sa famille, l'un des beaux patrimoines viticoles du Bordelais : de Pauillac, donc (avec aussi les 57 hectares de Lynch-Moussas), à Saint-Estèphe (Beau Site), en passant par Pessac-Léognan (Barret), Saint-Émilion (Trottevieille) ou Pomerol (La Croix du Casse...). Autant de vins à la dégustation préparés, pour la partie Pauillac, par le maître de chai Arnaud Durand.
« Je crois beaucoup à cette campagne 2009, et le vignoble en a bien besoin », souligne M. Castéja - qui est aussi négociant (Borie-Manoux, 30 millions d'euros de chiffre d'affaires, 48 employés) et président de l'association réunissant les crus classés en 1855. Une structure animée au quotidien par Sylvain Boivert.
Batailley recevra aussi collectivement, sous une grande verrière et dans le cadre de l'Union des grands crus, 26 propriétés médocaines durant trois jours, avec 1 000 à 1 200 visiteurs attendus par jour.
Ce ne sera pas plus calme chez le voisin, Mouton Rothschild (80 hectares), où Hervé Berland, directeur commercial et trente-cinq ans de maison, est sur le pont.
« Jamais je n'ai connu un tel engouement. Avec 1 500 à 1 700 visiteurs, nous ouvrons une deuxième salle d'accueil. » Sur la table, le dégustateur aura aussi Clerc Milon (30 hectares) et d'Armailhac (50), deux autres crus classés de Philippine de Rothschild.

Pas de panneau à Margaux
Les chiffres seront du même tonneau, plus au sud, au Château Margaux, sur l'appellation du même nom. « Nous recevrons 1 800 visites, tout simplement au milieu de notre cuvier. Les dégustations de primeurs ne sont pas un cocktail, les visiteurs testent en professionnels », souligne Paul Pontallier, directeur du château.
Comme cela arrive parfois, des groupes organisés viennent déguster, toujours sur rendez-vous, avant la semaine cruciale, pour être « un peu plus tranquilles ». D'autres viendront après, pour les mêmes raisons. « Nous sommes en Bordelais pour dix jours avec 800 vins à déguster », indique un acheteur suisse montrant un planning de trois pages.

Pour être efficace et amortir le déplacement, mieux vaut être organisé pendant ce marathon. En repartant, on s'aperçoit qu'aucun panneau n'indique le Château Margaux. Mais y a-t-il un panneau quand on arrive au Vatican ou que l'on approche du Taj Mahal ?


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