Depuis le Moyen Age, on fait du vin à Bardins. Mais le domaine - dont la production fait partie de l'appellation Pessac-Léognan - est aussi le coeur d'une histoire qui ouvre sa porte aux arts et aux voisins
Ce n'est ni le plus grand des châteaux de l'appellation Pessac-Léognan, ni le plus célèbre. Mais c'est l'un des plus anciens : une pierre du moulin datée de 1350 atteste de l'époque où le monastère bordelais de Sainte-Croix en était propriétaire. Et probablement l'un de ceux où la tradition familiale est la mieux ancrée, sans pour autant en refermer les portes au monde environnant.
Discrètement niché au bout d'une allée de platanes à la limite de Cadaujac et Villenave-d'Ornon, route de Toulouse, au milieu d'une dizaine d'hectares de vignes, le lieu dégage le charme d'une sorte d'idéal d'harmonie bourgeoise.
Le piano à queue Erhard du grand salon, cadeau d'un aïeul à sa fiancée aux premiers jours du XIXe siècle, sert aujourd'hui à des concerts publics, destinés aux voisins, aux amis.
Les portraits aux murs du château reconstruit en 1850 et maintenu dans son état d'origine, contemplent des colloques sur le vin ou l'armagnac.
La grotte de Lourdes
Dans le parc à l'anglaise, la copie de la grotte de Lourdes, édifiée après qu'un orage de grêle eut épargné, dit-on, les raisins de la pieuse propriétaire d'alors, n'attire plus les pèlerinages des débuts. Mais la madone est toujours là.
Raconter cette histoire est l'affaire et le plaisir de Stella Puel, descendante des Bernardy de Sigoyer qui possèdent Bardins depuis plus d'un siècle.
Cette mère de quatre enfants, épouse d'un pédiatre, partage la propriété avec son frère et sa soeur. Mais c'est elle qui en assure la direction, dans les vignes, au chai, à la commercialisation.
En héritière non seulement d'une exploitation viticole, mais aussi, ou surtout, d'un berceau familial. « C'est un lieu de racines, nous voulons qu'il reste l'endroit où la famille vient se ressourcer, se rassembler. »
Ces racines puisent aussi à des terroirs lointains : les Antilles, d'où venait Camille Bernardy de Sigoyer par qui le domaine entra dans la famille, et où le frère de Stella Puel exerce le négoce du vin. Et l'Allemagne, patrie de leur mère.
On écoute, on imagine les baptêmes, les vacances, les cousins et cousines venus des quatre coins de France, galopant sous les cerisiers dont Stella Puel fait des griottes pour ses clients.
Le vin et les arts
Mais elle a aussi choisi de parta- ger le charme de Bardins, par la culture. « Je m'ennuierais si je ne m'occupais que du vin. C'est un métier difficile, de patience. Mais c'est aussi un art, que j'ai besoin de lier aux autres arts », dit cette viticultrice qui a appris de son métier au lycée agricole de Blanquefort, déjà mère de trois enfants, lorsqu'un accident mit son père dans l'incapacité de s'occuper du domaine.
Régulièrement, musique et théâtre, peinture s'installent dans les salons du château. « On est tout proches des artistes, les échanges sont intenses. » Sur un autre registre, le parc accueille en juillet la fête médiévale de la Gerb'Ode.
Aux vendanges, Stella Puel reçoit des enfants des écoles. Et bien sûr, le Château Bardins, qui produit environ 50 000 bouteilles par an (en rouge pour l'essentiel), ouvre aussi ses portes aux amateurs de vin.
Le corps de ferme est dans le même esprit que le reste : vieux outils, poulailler, écurie et pigeons paraissent droits sortis de la comtesse de Ségur.
Le ton imprègne même le marketing : le bag in box que Bardins commercialisera en septembre aura pour emballage un nichoir à mésanges...
Château Bardins, 12, avenue de Toulouse, 33140 Cadaujac. Tél. 05 56 30 78 01. Visite sur rendez-vous.