(Photo JM Brouard)
(Photo JM Brouard)

Il avait déjà séduit en primeurs. Le millésime 2015 est désormais sorti, l’occasion de refaire le point sur une année considérée dès l’origine comme très qualitative dans le bordelais.

Comme chaque année, l’événement était de taille. L’Union des Grands Crus Bordelais (UGCB) organisait cette semaine à Paris une dégustation professionnelle pour présenter les grands crus classés des rives gauche et droite. Une horizontale sur le millésime 2015, près de deux ans après les présentations primeurs. Et avant de déguster, une question : les vins allaient-ils être à la hauteur de tous les espoirs placés en eux initialement ? Et surtout, allait-on retrouver deux types de styles différents, l’un fruité et très élégant, l’autre très mûr et gourmand ? Car les très belles conditions climatiques ont permis aux viticulteurs de pousser loin les maturités en 2015, parfois peut-être un peu trop. Ce qui était très flatteur lors de l’élevage allait-il décevoir une fois les vins mis en bouteille ? Eh bien, force est de constater que les crus dégustés présentent globalement une très belle homogénéité, de très belles structures et ce fruité profond admirable. La rive gauche apparaît toutefois au-dessus de la rive droite tant cette année chaude a réussi au cabernet-sauvignon qui a atteint des niveaux qualitatifs très élevés. La rive droite, au merlot dominant, est loin de démériter mais les matières ont légèrement moins d’énergie, moins de peps.

De très grandes bouteilles

Une chose est sûre, il n’y a pas de réelle déception sur 2015. Tout est globalement bon mais les bonnes maisons sont parvenues à sortir des jus qui devraient faire date. Le Médoc a bel et bien été béni des Dieux et de Margaux à Saint-Estèphe, les vins sont une source intarissable de plaisir. Les touchers de bouche sont particulièrement fins et délicats grâce à de très belles qualités de tannins. Dans le détail, certains châteaux ont livré une partition charmeuse. A Margaux, l’on pourrait citer Durfort-Vivens qui affiche un toucher de bouche intense et vibrant et un rapport qualité-prix insolent ! Labégorce livre une autre version du millésime avec un vin plus classique, tout en délicatesse mais doté d’un jus très séduisant. Brane-Cantenac est pour sa part fidèle à son rang, bien complexe et doté d’une acidité parfaitement intégrée qui le mènera loin. Sur Saint-Julien, les réussites sont aussi légion. On retiendra Léoville-Poyferré qui présente actuellement un fruité admirable et une matière dentelée qui le rendent déjà délicieux. Gruaud-Larose s’impose pour sa part par la cohérence de sa bouche tandis que Branaire-Ducru est d’une belle aristocratie, ample, long et friand. A Pauillac, le château Clerc-Milon est splendide avec un nez teinté de fleurs et de fruits noirs. Son allonge en bouche lui confère beaucoup de classe. Lynch-Bages est, lui, assurément une pépite. La précision de ses tannins est impressionnante. Profondeur et densité n’ont ici d’égal que l’énergie incroyable de ce très beau vin. Enfin, sur la rive droite, de très belles réussites sont à noter. On pourrait retenir à Saint-Emilion notamment Pavie Macquin qui est déjà accessible (malgré sa complexité) mais voué à une belle garde. Sur Pessac-Leognan, Haut-Bailly confirme son statut de superstar avec un grain de tannins excessivement velouté, une classe folle. Sa fluidité apparente est en réalité la marque d’une matière splendide parfaitement corseté. Une très grande bouteille !