Dans chaque numéro de « Terre de Vins », avec sa chronique « L’école du vin », Jacques Orhon, maître sommelier et « écrivin », apporte son éclairage d’expert sur toutes les subtilités de la dégustation, du service, de la conservation, de la viticulture… Retrouvez ici ses meilleurs conseils.

Contrairement à l’idée que l’on se fait de cette variété à la consonance germanique, le gewurztraminer est un cépage d’origine italienne. Il s’agit en fait de la variété aromatique du traminer – qui signifie « de Tramin » (Termeno en italien) –, ville du Haut-Adige, région du nord de l’Italie, mieux connue sous le nom de Tyrol ita- lien, et où l’on parle l’italien et l’allemand. Transitant en Allemagne avant de s’établir en France au XIXe siècle, le nom du cépage va se voir crédité du mot « Gewürz », qui signifie épice. C’est ainsi qu’est né le traminer épicé (ou aromatique), ou gewurztraminer. Il n’en demeure pas moins que c’est en Alsace qu’il a acquis ses lettres de noblesse. Même si on le cultive toujours en Italie, en Allemagne, en Suisse, et même un peu aux États-Unis et au Canada, c’est sur les magnifiques coteaux qui bordent la vallée du Rhin, de Molsheim à Guebwiller, qu’il s’exprime le mieux. Représentant près de 20 % du vignoble alsacien, il se surpasse sur les terroirs exceptionnels des grands crus, qui exaltent sa franchise et sa très forte personnalité. Il su t, pour s’en convaincre, d’apprécier par exemple la finesse d’un vin de gewurztraminer planté sur les terres de grès du Kessler, et de découvrir la race d’une cuvée issue du Kirchberg (de Barr) ou l’opulence du Hatschbourg, deux crus installés sur des sols marno-calcaires.

Les mots du gewurztraminer

On connaît bien ce qui caractérise dans le verre cette variété aromatique aux baies roses facilement reconnaissables : une robe dorée et une puissance aromatique hors du commun, avec notamment des notes orales de rose et d’acacia, fruitées (litchi, coing, abricot con t), et d’épices douces (noix de muscade, cannelle). En bouche, le gewurztraminer est habituellement sec (avec peu de sucres résiduels : moins de 5 grammes par litre), demi-sec (avec un peu plus de résiduel : jusqu’à 12 grammes par litre), très fruité, généreux et corsé. Le vin explose au nez comme en bouche, et sa persistance aromatique est souvent exceptionnelle. Et parce qu’il prend beaucoup de place, certains œnophiles le fuient pour les mêmes raisons que de nombreux adeptes l’adorent. Mais il est impossible de nier la grandeur et la complexité des vins de ce cépage quand il est vinifié, les grandes années, en vendanges tardives (VT ; avec un minimum de 257 grammes de sucre par litre) ou en rare sélection de grains nobles (SGN ; avec un minimum de 306 grammes de sucre par litre), deux vins liquoreux et capiteux qui laissent à l’amateur des souvenirs impérissables.

Le gewurztraminer passe à table

On ne peut servir n’importe quoi avec ce cépage charmeur et séduisant. Mais il fera ni une ni deux avec un foie gras, servi frais ou poêlé. Impeccable avec les fruits de mer, il sera d’autant plus à la hauteur de la situation avec des préparations relevées et des recettes inspirées des cuisines chinoise, indienne, malaise et thaïlandaise. En n, incidence géographique oblige, gewurztraminer accompagne bien les fromages à croûte lavée, il fera un malheur avec une pointe de munster sur lequel si le on aura déposé quelques graines de cumin.