(Photo L. Gotti)
(Photo L. Gotti)

L’idée d’exhumer des caves une dizaine de cuvées de la Saint-Vincent Tournante est pour le moins insolite. Elle a donné lieu à une dégustation originale, des millésimes 1994 à 2014, organisée par La Confrérie des Chevaliers du Tastevin dans le cadre du salon Les Vinéales (Beaune).

Chaque année une appellation bourguignonne accueille la Saint-Vincent tournante. Un week-end de festivités, initié par la Confrérie des Chevaliers du Tastevin en 1938, pour célébrer les vins de la région et ceux qui les font. Une fête dont la popularité ne s’est pas démentie. Pour accueillir les visiteurs, l’idée de produire des cuvées spécifiques, représentatives de l’appellation, du millésime et témoignant de la solidarité des vignerons, a été rapidement mise en œuvre. « Elles sont le symbole de la fraternité, de la solidarité et de la convivialité », expliquait Christian Roux, vigneron à Saint-Aubin et président de l’édition 2014.

Élaborées grâce à l’apport des raisins ou de vins des producteurs de l’appellation, les cuvées sont le plus souvent une réalisation commune. Les individus s’effacent pour ne mettre en avant sur l’étiquette que l’AOC et le millésime.

Rappelons que cette fête s’appuie sur les sociétés de secours mutuel existant dans chaque village. Elles activent des réseaux de solidarité locale si l’un des vignerons ne peut plus assurer son travail.
Arnaud Orsel, intendant général de la Confrérie, a réuni une dizaine de vins, 5 blancs et 5 rouges. Une séquence souvenir donc, mais pas uniquement : la séance a permis de découvrir l’une des cuvées qui sera dégustée lors de la prochaine édition. Ce sera en janvier 2020 à Gevrey-Chambertin. Le site internet et l’affiche viennent d’être dévoilés : https://gevreychambertin-svt2020.fr/.

Bourgogne blanc 2012
L’une des cuvées de la Saint-Vincent 2015 qui rendait hommage aux moines de Cîteaux (Vougeot et Gilly-lès-Cîteaux) La robe dorée présent assez peu de signe d’évolution. Le nez évoque la cire, le miel puis le coing. La matière est relativement dense en bouche mais la finale sur des notes de pommes cuites indique que le vin est entré dans une phase terminale de vieillissement.

Bourgogne-Vézelay 2016
D’une couleur or-vert, ce bourgogne développe des notes minérales et d’agrumes d’une belle finesse. La bouche est vigoureuse, fraichement ciselée. La finale se fait longue et miellée. Un très joli chardonnay du nord de la Bourgogne. Cuvée servie aux heureux participants de la dernière Saint-Vincent.

Vézelay 2017
Autre cuvée de la dernière Saint-Vincent. L’appellation est devenue AOC village. Le millésime a été solaire est le vin présente une matière ample, onctueuse. Un vin gourmand qui évoque la pêche, les fruits jaunes. On en redemande.

Saint-Aubin premier cru 2009
Une cuvée de la Saint-Vincent 2014. Un beau millésime charmeur et expressif. Le vin est dense, équilibré et profond. Il présente des notes boisées-vanillées assez prononcées. Il évoque aussi la noisette, la pêche. Le tout avec une belle fraîcheur et une grande longueur. Il vieillit tranquillement.

Chassagne-Montrachet 2008
Un jéroboam rescapé de la Saint-Vincent 2010 ! La robe est jaune doré et le nez évoque l’ananas rôti, l’amande grillée. Une complexité qui se confirme à l’aération avec des notes de miel frais. La bouche est très longue. Un savoureux souvenir.

Saint-Aubin premier cru 2011
Le nez est plutôt discret sur la cerise à l’eau de vie, la noix de muscade. La bouche se développe en souplesse, les tannins sont souples mais manquent un peu de densité. Devrait être bu.

Gevrey-Chambertin 1994
Millésime compliqué et travail de sape des années… Ce vin n’est plus. Un vin servi en 2000 qui a le mérite d’introduire le suivant.

Gevrey-Chambertin 2014
Il est de tradition que Gevrey-Chambertin organise la Saint-Vincent tous les 20 ans. Après 2000, ce sera chose faite en 2020. Les vignerons du village s’activent depuis plusieurs années. Il propose ici un 2014 aux notes de fruits rouges, de baies sauvages et d’épices. Des tannins sérieux, « masculins », structurent la bouche. Un vin bien représentatif de l’AOC.

Clos Vougeot 2013
La dégustation se conclut sur deux vins de la Saint-Vincent 2015 autour du Clos de Vougeot. Le premier est un grand cru emblématique : le clos cistercien par essence. Il montre ici sa capacité à donner des vins d’une grande structure. Les tannins sont denses et profonds. Le nez évoque la mûre, la menthe et une nuance boisée-grillée.

Echezeaux 2013
Voisin du Clos Vougeot, l’Echezeaux s’exprime avec beaucoup d’élégance. Le nez déploie des notes de rose, de poivre. L’attaque en bouche est ample et les tannins tapissent le palais avec une grande délicatesse. La finale laisse une nuance réglissée. Un grand pinot noir de Côte de Nuits.