2011, année fraîche, complexe et précoce a été assez peu millésimée en Champagne. Perrier-Jouët Belle Époque est la première cuvée de prestige à arriver en marché. Elle mérite qu’on s’y penche de près.

C’est un millésime qui selon l’expression consacrée « n’a pas été simple ». Hiver froid, printemps estival et floraison précoce, achevée 2 à 3 semaines plus tôt que la moyenne décennale. Cette avance a été conservée sur toute la période végétative. Les premiers coups de sécateur ont donc été donnés au mois d’août (19 – 23 août) les raisins étant déjà bien avancés en maturité. Mais le climat particulièrement instable dès juin et pendant tout l’été (alternances de fortes chaleurs et de fraîcheur) et un contexte de pluies voire d’orages, ont donné des sueurs froides aux vignerons. Les vendanges furent donc précoces, les tris difficiles, les raisins à rentrer rapidement. 2011 se solde donc comme une année précoce et tourmentée.

Le pari d’un 2011

Dans ce contexte, c’est donc une prise de position forte d’Hervé Deschamps, chef de caves de Perrier-Jouët, de produire la cuvée Belle Époque sur le millésime 2011, et donc de ne pas forcément suivre la tendance générale. Déjà, en 2009, année solaire de fort caractère, il avait décidé de ne pas millésimer – se démarquant de nombreuses maisons. « 2009 était somptueux dans son genre, mais pas en accord sur le côté floral et fin qui caractérise le style Perrier-Jouët». En 2011, schéma inverse. « Il y a des années où l’on met du temps à se décider si on produira ou non un Belle Époque, souligne l’homme de l’art. Au final, ce n’est pas la vendange ou l’environnement qui nous décident, mais bien la dégustation des vins clairs que nous avons en cuverie ».

Ce Perrier-Jouët Belle Époque 2011 est donc la toute première cuvée de prestige à apparaître sur ce millésime, et sera certainement suivie de près par d’autres maisons qui ont hésité à s’y lancer. La mathématique d’assemblage de la cuvée est la suivante : 50% de chardonnay, 45% de pinot noir et 5% de pinot meunier (peu classique dans les cuvées de prestige, et pourtant toujours revendiqué chez Belle Époque). « Il a un rôle de pont, d’harmonie entre le côté floral du chardonnay et le fruité du pinot noir », explique Hervé Deschamps, signant une autre spécificité maison.

Dans le verre, la robe est or pâle ourlée de vert. Le nez évoque la fraîcheur, extrêmement floral comme un bouquet de fleurs printanières (aubépine, cerisier, acacia), des fruits blancs délicats (pêche de vigne, cherimoya) sur une assise de pomelo, de fines touches d’amande pâtissière. La bouche est fine, ton sur ton, construite sur une fine ossature crayeuse. Un vin d’un pur classicisme, qui fait écho aux couleurs pastel et aux courbes douces des anémones sérigraphiées sur sa bouteille. Un grand champagne (Prix conseillé 135 €) qui sied aux mets les plus délicats (dos de bar en sauce hollandaise zestée de citron ; langoustine marinées au pomelo rose & mayonnaise de poire).