Malgré une année compliquée, entre gel et grêle, les Primeurs 2017 ont révélé un millésime surprenant de qualité, que nos journalsites ont pris beaucoup de plaisir à déguster. Au grand jeu de la notation, neuf châteaux, issus de quatre appellations (et tous en rouge), se sont démarqués en obtenant la meilleure note de notre dossier Primeurs : 98 sur 100. Nous vous les présentons ci-dessous.

[Retrouvez l’intégralité de nos notes et commentaires dans Terre de vins n°53, actuellement en kiosques.]

– Pauillac –

Château Mouton Rothschild
« Un millésime classique, porté par des cabernets qui ont bénéficié d’une maturation longue et lente » témoigne Philippe Dallhuin, directeur général. C’est visiblement le cas, car 90% de ces cabernets sauvignon choisis, vendangés entre le 7 et le 29 septembre, donnent un corps d’athlète, dense mais délié, ce qu’il faut de nervosité et de muscles pour s’envoler vers une très longue garde. Fruité noir, arômes terriens, mâche crémeuse, structure dense et souple, c’est un Mouton qui défiera le temps, plein de promesses et surtout grand médocain.

Château Pichon-Longueville Baron
79% de cabernet sauvignon (85% en 2016), complété par le merlot, un seul donne son caratère : profond. Robe noire, brillante, nez de pâte de fruits noirs et cuir, la bouche révèle une structure tannique exemplaire de finesse et de densité. Équilibre de la matière entre chair opulente et fluidité, belle acidité le rendant déjà sapide, ronde d’épices en fin de bouche, mais surtout une belle minéralité, rare sur l’appellation et le millésime.

Château Pontet-Canet
« La biodynamie nous amène toujours plus d’arômes » témoigne Justine Tesseron. Et d’équilibre aussi ! De fait, le premier nez est une corbeille de fruits roses et rouges, plus une pointe de cassis et de zan noir. Tout ce bouquet sera préservé car plus d’un tiers du vin ne séjourne pas en fûts mais s’arrondit dans le nouveau cuvier béton : une batterie de 32 « amphores » de 40 hl seulement, réalisées avec les sables et les argiles de la propriété. Notons aussi que ce château a été parmi les derniers de l’appellation à ramasser ses cabernets sauvignon (du 28/09 au 04/10), signe d’un état sanitaire excellent de la vendange. Dès l’attaque, on note des tanins beaucoup plus fins et soyeux qu’en 2016, une subtile acidité qui étire le vin en longueur. Même en primeur, c’est un ravissement.

– Saint-Julien –

Château Beychevelle
C’est encore un feu d’artifice, ce vin délivre un nez très racé, un bouquet d’épices avec une pointe subtile de clou de girofle. L’attaque est envoûtante, incroyablement fruitée, ample, explosive. Comme 2016, Beychevelle est sur la démonstration, la pureté et le plaisir. Une leçon d’équilibre et d’épaisseur! Ici, on peut parler de très grand millésime.

Château Saint-Pierre
C’est une surprise qui n’en est plus. Au fil des ans, le château Saint-Pierre est aussi discret que bluffant. Ce 2017 restera dans les annales avec un nez qui prévient d’une grande concentration et d’une profondeur toute Saint-Julien. On retrouve le côté crayeux et pierre à fusil en bouche, le vin est debout, d’une épatante fraîcheur, avec une finale qui donne le sourire et de l’appétit. Un très grand vin !

– Pomerol –

Petrus
Mûre, myrtille, de très belles notes d’iris également pour un nez exubérant, envoûtant. Pointe graphite à l’aération. Bel éclat de fruits. Une expression aromatique énergique et stylée. Bouche ronde, presque moelleuse avec toutefois une tension et une rectitude parfaitement ajustées. Des tanins veloutés à souhait. Un très grand Petrus.

– Saint-Émilion Grand Cru Classé –

Château Ausone
C’est l’éclat du fruit qui subjugue d’emblée. Un fruit frais, énergique, sublimé par un toucher de bouche d’une rare suavité, des tanins magnifiquement racés, et une superbe fraîcheur en finale. Épargné par les affres du gel, Ausone signe un 2017 de grande classe, dont l’apparente retenue laisse présager de longues années de garde. Le cabernet franc dominant (55%) apporte signature mentholée et amers nobles. Il a tout d’un très grand.

Château Canon
Château Canon continue sa course vers l’excellence. Juché sur son terroir d’exception et épargné par le gel, le 1er Grand Cru Classé confirme son style inimitable. Énorme profondeur de fruit, bouche dense et veloutée, tanins de soie, et toujours cette signature calcaire, cette colonne vertébrale qui propulse le vin et lui assure ce supplément de longueur et de classe. L’une des très grandes réussites du millésime.

Château Pavie
Un nez très dense, intense, camphré, dans le pur style Pavie. La bouche est surprenante de profondeur et de puissance contenue, la matière est sanguine et caressante. Beaucoup de velouté, c’est un vin qui se déploie autour d’une trame minérale et des tanins ultra-racés. Très belle persistance, finale longiligne et pure. Une grande réussite du millésime.

Notes et commentaires de Sylvie Tonnaire, Yohan Castaing, Jean-Charles Chapuzet & Mathieu Doumenge