Ils sont venus sans protocole. Le rendez-vous avait été fixé à la cave de L’Ormarine à Pinet (34), à une trentaine de minutes à l’ouest de Montpellier. Objectif : réunir trois hommes pour une séance photos. Trois hommes qui incarnent un élan, une avancée ; trois hommes dont les vins, omniprésents dans les grandes et moyennes surfaces françaises, ont distancé leurs concurrents : Gérard Bertrand (vin de pays d’Oc, Autrement), Frédéric Jeanjean (Picpoul de Pinet, L’Ormarine) et Thomas Perrin (Ventoux, la Vielle Ferme). Le premier est arrivé de Paris. Les deux autres de Montpellier et d’Orange. Emmanuel Perrin, photographe pour « Terre de vins », avait repéré les lieux depuis la veille. Son souci : trouver une vigne bien entretenue plantée dans une terre de contrastes, de vert et de bleu, sans pollution visuelle en arrière-plan ; une vigne qui se pose fièrement et laisse entrevoir loin derrière elle un ciel dégagé, prometteur d’avenir.
Il fallait donner du sens à cette image. Celle de la réussite tranquille, sans fanfaronnade, même si le verdict est sans concession : dans la catégorie des vins les plus vendus en grandes surfaces, les productions du Sud ont remporté la majorité écrasante des suffrages de la dégustation de « Terre de vins ». Pour les tester, à l’aveugle, un quintet de virtuoses : Michel Betanne et Thierry Desseauve, conseillers éditoriaux de « Terre de vins », mais aussi Bernard Burtschy, dégustateur expert et journaliste au « Figaro » ou encore Gérard Sibourd-Baudry, propriétaire des caves Legrand à Paris et enfin Alain Chameyrat, cheville ouvrière du Grand guide des vins de France. Avaient été appelés à la table des palais, les vins des grandes maisons françaises vendus de 4 à 10 euros à plus de 300 000 cols par an. Bilan : parmi les 40 vins dégustés, les sept premières places sont trustées par des vins des coteaux du Languedoc, de pays d’Oc, du Ventoux, du Roussillon ou des côtes du Rhône. Les vins de la Méditerranée continuent leur avancée irrépressible vers plus de qualité, plus de constance, plus de gourmandise, dans des rapports qualité-prix imbattables : autour de 4 euros !
Les trois hommes qui posent en couverture de « Terre de vins » traduisent ce renouveau du sud : le rugbyman Gérard Bertrand, ancien capitaine du Stade Français, qui a joué la carte du bio ; Frédéric Jeanjean, de la maison familiale du même nom, également porteur d’un engagement régional en tant que président du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc, et Thomas Perrin, héritier d’un savoir-faire séculaire (Château de Beaucastel). Ces trois hommes-là incarnent aujourd’hui la réussite tranquille, celle qui séduit le consommateur parce que, tout simplement, leur vin est bon et pas cher. L’avenir leur tend la main, complice, et le ciel bleu de notre couverture les accompagne : après une semaine de neige et de pluie battante, au moment d’appuyer sur le déclencheur ce matin de janvier, le soleil a soudain percé les nuages. Comme un signe du destin.