Pour hisser ses vins parmi les références mondiales, la star de Madiran a posé ses propres règles. Et notamment une technique de façonnage minutieuse des grappes et baies.

“Je sculpte dix-huit millions de grappes sur 300 hectares”. Montus, Bouscassé… Pour mener ses vins à leur niveau actuel et à la reconnaissance mondiale dont ils jouissent aujourd’hui, Alain Brumont a, depuis les années 1980, créé sa propre méthode culturale de précision, sobrement intitulée “méthode Brumont”. Savant mélange d’observation, d’analyse et de respect de l’environnement, elle a pour clé de voûte un minutieux travail à la vigne. Et ce, afin de calibrer grappes et baies avec finesse pour produire des vins de garde, représentants fidèles de leur terroir de naissance.

Alain Brumont se refuse à créer ses vins à la cuve. « Si l’on déguste une verticale vingt ans après, on a trompé le client, car ce n’est jamais le même terroir dans la cuvée, s’indigne-t-il. Or, le terroir devrait parler avant le millésime. » Sur ses propriétés, c’est donc au vignoble que tout se joue. Pour coller au plus près à l’identité du terroir, chaque parcelle est affectée à la création d’une cuvée prédéterminée. « Pour mes quarante vins, un panonceau mentionnant la destination est apposé sur la parcelle correspondante » explique-t-il. Chaque écriteau précise en outre le nombre de grappes à conserver par cep en fonction de la cuvée finale.

Orfèvre des vignes

Là où sur chaque cep sont fréquemment gardées une quinzaine de grappes, Alain Brumont n’en préserve lui que cinq à neuf maximum, calibrées en fonction de leur poids. « Par exemple, pour la Tyre, cinq grappes de 230 g par pied, pour Montus sept de 280g, pour Bouscassé sept de 290g, pour Torus huit à neuf de 300 g… » Chaque sarment porte une seule grappe. La vigne, en situation d’économie, doit alors donner des baies plus riches et concentrées. Pour aboutir à ce résultat, pas de vendanges en vert « stressant inutilement la vigne », mais un « travail de chirurgie et d’horlogerie » effectué dès le berceau par une quarantaine de personnes aguerries. Du bourgeon à la vendange, entre sélection, effeuillage et calibrage, ces « sculpteurs de raisin » veillent minutieusement sur les raisins pendant six mois. Le but ultime de cette succession d’opération pointues ? Une floraison homogène, qui « doit se faire en un seul jour, et non pas étalée sur huit à quinze jours comme on peut souvent le voir », rappelle Alain Brumont. Avec à la vendange des écarts de maturité d’une grappe et d’un grain à l’autre amplement gommés.

Respect du terroir

Au-delà de cette sélection, c’est une philosophie globale qu’applique Alain Brumont à ses vignes depuis trente ans, au rythme de la faune et la flore locales. « Quand j’ai débuté, on ne parlait pas de bio ou biodynamie. Mais il y a des modes comme ça. Les vins boisés à outrance, puis les vins fruités, puis la fraîcheur. Puis le bio et la biodynamie… Mais on se rend compte actuellement des limites de ces méthodes. On abîme le sol, on empoisonne la faune et la flore avec le cuivre… Moi ça fait trente ans que je travaille à remédier à ces problématiques, j’ai une sacrée avance », dit celui qui s’abstient de labourer ses sols et utilise « très peu de cuivre ». Une stratégie éprouvée, même dans un millésime aussi complexe climatiquement que 2016. « Cette année, après quatre mois sans pluie, et sans aucun engrais chimique, mes vignes étaient toutes vertes, je n’ai pas perdu une feuille. » De même, « je n’ai jamais eu besoin de lutter contre la pourriture », assure-t-il.

De l’effet Brumont

Nés de cette philosophie et du potentiel du tannat, taillés pour accompagner la riche gastronomie du sud-ouest, les vins d’Alain Brumont se veulent concentrés et avec un fort potentiel de garde. « Plus de 2000 fans de nos vins viennent de Bordeaux, constate Alain Brumont. Ils remplacent dans leur cave le bordeaux par nos vins, pas forcément parce qu’il sont moins chers, mais surtout parce qu’il vieillissent trois fois plus longtemps. Même après quarante ans, mes vins sont intacts, rouges, frais, alors que nombre de vins ne sont plus buvables. » La « méthode Brumont » a, aux dires de son créateur, convaincu jusqu’aux plus grands pontes de la viticulture française et internationale. « Ils viennent sur mes propriétés pour apprendre de la méthode Brumont, affirme-t-il. A l’image notamment du vigneron ligérien Didier Dagueneau « venu en personne pour constater que je sculptais les grappes sur 300 ha. Il ne le croyait pas. Il a été bluffé, il n’avait jamais vu ça ! » se souvient Alain Brumont. Et d’ajouter : « j’en suis également au sixième ou septième chercheur ou institut qui veut écrire un livre avec moi sur ma méthode. »

Pour conter ses secrets au public, Alain Brumont ouvre les portes de ses châteaux Montus et Bouscassé le week-end des 19 et 20 novembre.