(photo F. Hermine)
(photo F. Hermine)

L’Anjou blanc devrait bientôt avoir ses crus. Le syndicat, présidé par Patrick Baudouin, présentera en novembre à l’Inao son projet de cahier des charges pour une hiérarchisation de l’appellation et de ses blancs secs.

La hiérarchisation de l’Anjou blanc devrait bientôt déboucher sur la création de crus correspondant à des lieux-dits, en lien avec la carte des terroirs de l’Inra. Le cahier des charges sera basé également sur des critères de qualité et de contrôle tels que l’élaboration à 100% chenin, des vendanges manuelles, une revendication parcellaire, une chaptalisation interdite, un élevage plus long…. « Nous voulons regagner en notoriété et en qualité, explique Patrick Baudouin. Il s’agit de redonner ses lettres de noblesse à l’expression mixte du chenin sur nos terroirs qui sont capables de produire à la fois des secs, des demi-secs et des liquoreux bien que nous soyons plus connus aujourd’hui pour les liquoreux ». La démarche angevine regroupe déjà une soixantaine de vignerons (sur une centaine d’ha) qui vont devoir réfléchir collectivement et par terroir pour formaliser leur demande et trouver des noms spécifiques. Le chenin sec ne représente aujourd’hui que 2% du vignoble Anjou-Saumur soit environ 20 000 hl par an ; il ne dépasse pas les 7% des liquoreux mais il est largement majoritaire dans les assemblages des bulles d’Anjou-Saumur.

Le retour du roi Chenin

L’Anjou produisait 80 000 hl de blancs secs dans les années 60-70, environ 20 000 aujourd’hui sur 532 ha cultivés par près de 300 producteurs. Ce sont désormais les bulles qui accaparent le chenin, notamment sur la rive gauche. Le cépage était pourtant le roi du vignoble angevin jusque dans les années 30 ; il s’étendait même à 70% du vignoble au XIXe siècle. Certes, le rosé lui taille des croupières depuis une quinzaine d’années en AOC Anjou, profitant de l’abandon des coteaux et de la mécanisation des plaines mais le manque de clarification et de hiérarchisation entre blancs secs et liquoreux n’a pas aidé. « Il est vrai que nous sommes connus depuis des siècles pour les liquoreux, reconnaît Patrick Beaudoin président de l’Anjou blanc. Mais s’est toujours posé le problème des mauvaises années où l’on peinait à récolter des raisins botrytisés. Le vignoble était alors confronté à la pourriture mais pas noble ».

Au début du XXe siècle avec le recul de la polyculture et l’importance croissante de la viticulture, la spécialisation en vins doux, alors rare, devient un atout, surtout face à une production de blancs souvent trop acides. Mais le vignoble s’épuise à lisser les irrégularités climatiques, parfois à grand renfort de chaptalisation. « Il n’est pas question de nier notre historique et ce beau potentiel de botrytis mais nous voudrions revenir à l’authenticité du vignoble qui réside dans la mixité du chenin » complète Patrick Baudouin. D’autant que l’intérêt des consommateurs s’érode et que leur image s’est abimée. Il y a un demi siècle, pour répondre à la demande du marché britannique, Savennières, rive droite, entama un virage, aujourd’hui réussi, vers les blancs secs ; rive gauche, les Coteaux du Layon renouèrent avec une démarche plus qualitative en reprenant un tri à la vendange et en abandonnant l’ajout de sucre pour produire des liquoreux « naturels ». Mais à la fin du XXe siècle, la demande en blanc sec s’accentue. Il est temps de renouer avec la vinification en sec du chenin…

Loire Renaissance comme pionnière

Mais l’Inao, à l’époque, ne veut pas entendre parler de hiérarchisation ; c’est donc un cahier des charges privé qui va répondre à l’exigence qualitative. Loire Renaissance regroupe, au début des années 2000, une vingtaine de vignerons qui s’engagent à vendanger à la main, à trier, faire un élevage en fût d’un an… Le label devient une marque apposée sur les bouteilles (le domaine de Brizé l’utilise toujours). Mais il est difficile de faire vivre une marque privée. D’où la création en 2013 d’un cahier des charges interne au syndicat qui doit servir de base à une nouvelle demande auprès de l’Inao. Nouveau refus de création de crus en 2015, pour motif que l’appellation est trop petite pour la hiérarchiser. « Nous avons insisté pour obtenir une reconnaissance collective qui serait contrôlée par la Fédération viticole et finalement, face à la demande croissante de hiérarchisation des vignobles dans toute la France, l’Inao a accepté, en début d’année, d’étudier la possibilité de créer des crus à partir des lieux-dits ». Les producteurs d’Anjou ont donc planché à partir de l’étude terroir de l’Inra, goûté les vins sur plusieurs années, organisé un groupe chenin de réflexion technique et économique au sein de la fédération viticole en collaboration avec des producteurs de Coteaux-du-Layon, Chaume, Quarts-de-Chaume, Coteaux-de-l’Aubance, Bonnezeaux, Saumur, Savennières… et même d’Afrique du Sud. Chaumes et Quarts-de-Chaume ont démarré sur les chapeaux de roues et cherchent actuellement un nom d’appellation à référence historique pour leurs blancs secs. Prochaine étape à valider par l’Inao sans doute d’ici la fin de l’année.