Au château Beychevelle, 4ème Grand Cru Classé 1855 (Saint-Julien), le coup d’envoi des vendanges a été donné cette semaine. Le millésime 2016 inaugure un chai flambant neuf, et les sourires qui s’affichent sur les visages en disent long : les conditions ne pourraient pas être meilleures pour inaugurer ce nouvel outil.

“Alors, ça y est, à Bordeaux, ils vont nous refaire le coup du millésime du siècle ?” On entend d’ici les chuchotis des sceptiques ou des désabusés, mais le fait est que dans le Bordelais, après un printemps maussade et un été particulièrement sec, tout le monde semble se réjouir du profil du millésime à venir. Tout d’abord, comparé à d’autres régions viticoles, la Gironde a été plutôt épargnée par les terribles incidents climatiques de 2016. Ensuite, les légères pluies de septembre, suivies de belles journées ensoleillées et de nuits fraîches, ont permis de relancer les vignes mises à l’épreuve par la canicule et d’attendre les parfaites maturités avant de rentrer les raisins en cuve. Bref, les conditions sont presque idéales pour vendanger en toute sérénité.

Tout en douceur

Ce n’est pas au château Beychevelle que l’on dira le contraire. Alors que le coup d’envoi des vendanges sur les jeunes merlots a été donné ce lundi, toute l’équipe du 4ème Grand Cru Classé 1855 (en appellation Saint-Julien) affiche un large sourire, à commencer par le directeur de la propriété Philippe Blanc et le directeur technique Romain Ducolomb. Et pour cause, ces vendanges 2016 coïncident avec l’inauguration d’un nouvel outil flambant neuf, fruit de 18 mois de travaux (bien que l’idée soit née avec les nouveaux investisseurs dès 2012), conçu par le cabinet BPM à Bordeaux : un cuvier vitré de 40 mètres sur 40 mètres, abritant une soixantaine de cuves en inox double paroi de contenances différentes – de 70 à 160 hl – afin de travailler les vinifications au niveau parcellaire. Une installation techniquement à la page, plus économe en énergie mais avant tout spacieuse et fonctionnelle, destinée à apporter davantage de confort de travail et précision dans l’élaboration des vins. La vendange est amenée dans les cuves par gravité, les matières sont travaillées en douceur (remontages, pigeages)… Pour Romain Ducolomb, “ce nouveau cuvier, comme en Formule 1, c’est un ensemble de détails qui va nous permettre de gagner une fraction de seconde ici, une seconde là, bref de monter en qualité, en constance, en précision, pour garder Beychevelle dans sa belle dynamique et installer la propriété dans le top de Bordeaux”. Sous le cuvier, un chai d’élevage majestueux attend déjà les barriques qui laisseront silencieusement le millésime 2016 atteindre sa plénitude.

2016, millésime exceptionnellement tardif

Ce millésime 2016, justement : “on est très content d’inaugurer notre nouveau chai avec ce millésime, sans stress”, sourit Romain Ducolomb. “C’est un millésime vraiment atypique. Après le printemps maussade et l’été chaud on s’est fait un peu peur, mais les petites pluies de septembre, les belles journées que nous avons actuellement et les écarts de température jour-nuit donnent des équilibres vraiment intéressants, y compris au niveau des acidités. Sauf accident climatique, on a encore beaucoup de tranquillité devant nous, si bien que nous ne commencerons à ramasser les cabernets que dans une dizaine de jours. Les vendanges devraient se terminer après le 20 octobre, c’est certainement l’un des millésimes les plus tardifs qu’on ait vus”.

Même les volumes (très attendus par l’interprofession de Bordeaux comme le rappelait hier Allan Sichel) devraient être au rendez-vous, puisque Romain Ducolomb estime un rendement supérieur aux 47 hl/ha de 2015. Pour mémoire, le château Beychevelle, c’est un colosse de 92 hectares (50% cabernet sauvignon, 40% merlot, le reste en cabernet franc et petit verdot), produisant entre 300 000 et 350 000 bouteilles par an, mobilisant 150 personnes pendant les vendanges. Bref, un investissement aussi stratégique que ce nouveau chai ne se fait pas à la légère. D’ailleurs, il s’inscrit dans une politique de développement globale, qui inclut aussi des travaux pour moderniser le réceptif et ainsi développer une offre œnotouristique audacieuse à l’horizon 2017. Rendez-vous est pris pour les Primeurs ?