Frédéric de Luze,  Président de l'Alliance des Crus Bourgeois.
Frédéric de Luze, Président de l'Alliance des Crus Bourgeois.

L’Alliance des Crus Bourgeois, qui présentait hier à Bordeaux sa sélection 2013 aux professionnels, relance son projet de classement. Celui-ci devrait voir le jour en 2020 et serait revu tous les cinq ans.

Reculer pour mieux sauter ? Annoncé l’année dernière à la même époque, le projet de réintroduction d’un classement au sein des Crus Bourgeois du Médoc – tel qu’il existait historiquement jusqu’en 2003 – a connu quelques soubresauts ces derniers mois, faute de consensus fort parmi les adhérents (une seule voix avait manqué pour retenir le premier cahier des charges).

Mais ces péripéties n’ont pas constitué pas un coup d’arrêt : vendredi 18 septembre, les membres de l’Alliance des Crus Bourgeois, réunis en Assemblée Générale Extraordinaire, ont exprimé, à près de 75% des votants, leur volonté de bien se doter d’un classement. “C’est un projet de longue haleine, ardu à mettre en place, et qui nécessite une adhésion forte des membres de l’Alliance pour pouvoir aboutir”, explique Frédéric de Luze, président de l’Alliance, “mais le calendrier prévisionnel sur lequel nous nous sommes mis enfin d’accord va nous permettre d’avancer sereinement désormais”.

Calendrier prévisionnel

Ce calendrier prévisionnel prévoir de réintroduire, à partir de 2020, un classement au sein des Crus Bourgeois, qui sera revu tous les cinq ans. Bien que les procédures de constitution du classement restent à définir, il semble établi qu’il distinguera des crus bourgeois “classés” et des crus bourgeois “supérieurs”. Voire des crus bourgeois exceptionnels ? Cela reste à trancher. “Pour ce premier classement seront retenus tous les châteaux qui ont été labellisés “cru bourgeois” un certain nombre de fois entre 2008 et 2017″, explique Frédéric de Luze. “D’autres pourront faire leur entrée pour la première fois, et seront jugés sur les millésimes 2016 et 2017”. Les châteaux qui voudront concourir pour être classés “cru bourgeois supérieur” devront se soumettre à un cahier des charges sur lequel nous allons travailler très précisément.

Le fait que le classement soit établi pour cinq ans, alors qu’actuellement la sélection des Crus Bourgeois est revue chaque année, ne signifie pas qu’il y aura un laisser-aller en termes d’exigences qualitatives : “pendant les cinq ans, il y aura des contrôles aléatoires dans les châteaux pour vérifier que les cahiers des charges sont bien respectés”, précise Frédéric de Luze, avant de s’enthousiasmer : “la réintroduction de ce classement va apporter encore plus de lisibilité aux consommateurs, pour lesquels les crus bourgeois sont des valeurs refuges, associant qualité et traçabilité, mais qui ne comprennent pas toujours qu’il puisse y avoir une disparité de prix entre deux crus bourgeois d’une même appellation. Cela va leur permettre d’y voir plus clair. Et je prends le pari que l’on va voir revenir dans le classement des châteaux qui étaient autrefois Crus Bourgeois et n’avaient pas voulu revenir dans la sélection”.

“Valeur refuge” pour le consommateur

La notion de “valeur refuge” pour le consommateur est d’autant plus importante sur un millésime comme le 2013, réputé “compliqué” depuis sa naissance. “C’est sur ce genre de millésime que les amateurs peuvent trouver, grâce aux crus bourgeois, des vins plaisants, de beaux vins de Bordeaux, à des prix attractifs”, souligne Frédéric de Luze. Beaucoup de professionnels (courtiers, négociants) réunis hier à la dégustation de la sélection 2013 au Palais de la Bourse de Bordeaux émettaient un jugement globalement positif sur le travail accompli par les viticulteurs.

251 châteaux ont été retenus “Crus Bourgeois” sur ce millésime 2013, contre 267 sur le 2012. L’exigence de qualité n’a pas fléchi, comme le rappelle Frédéric de Luze, d’autant que la totalité des vins sélectionnés s’élève à 20 millions de bouteilles en 2013, contre 32 millions sur des millésimes comme 2009 ou 2010.

“Ce millésime 2013 nous a obligés à être très sélectifs, à privilégier la qualité sur la quantité”, explique Nathalie Meyre des châteaux Cap Léon Veyrin (Listrac-Médoc) et Bibian (Haut-Médoc). “Sur un millésime normal nous produisons entre 70 000 et 80 000 bouteilles à Cap Léon Veyrin. En 2013, nous en avons produit 20 000. C’est sur des années difficiles comme celle-là que le fait d’être Crus Bourgeois nous apporte forcément une visibilité supplémentaire auprès des consommateurs”. Ce que confirme Cindy Ceres, du château Lilian-Ladouys à Saint-Estèphe : “les Crus Bourgeois créent en effet porteur, un effet de groupe très vertueux, qui nous oblige à nous remettre toujours en question”. Vainqueur de la dernière Coupe des Crus Bourgeois, Lilian-Ladouys a conduit depuis 2008 un important chantier de restructuration du vignoble et de développement qualitatif. “Tout le parcellaire a été revu, y compris l’encépagement, pour avoir un ensemble plus homogène et qualitatif. Les efforts paient, et on le constate encore plus sur un millésime comme 2013”. Lilian-Ladouys fait indéniablement partie des propriétés qu’il faudra suivre de près dans le cadre du futur classement…