“Ce sera le top ! On sort de la mouise pendant quelque temps. Le frigo se remplira bien” : Henri Nicolas, comme sa compagne Thérèse Lafleur, pourra cumuler son salaire de vendangeur aux quelques centaines d’euros par mois d’aides sociales.

Au château de Viaut à Mourens, situé à une cinquantaine de km au sud de Bordeaux, propriétaires en manque de vendangeurs et saisonniers se réjouissent de ce premier test lancé cette année par le conseil départemental de la Gironde, à l’instar d’autres départements. “C’est très bien”, confirme Mme Lafleur, qui pourra conserver le Revenu de solidarité active (RSA) tout en travaillant dans les vignes.

Jusqu’à présent, elle ne pouvait effectuer plus d’un certain nombre d’heures par semaine sous peine de voir son allocation réduite comme elle en a fait l’amère expérience. “L’année dernière, j’ai un peu travaillé et ils m’ont donné 180 euros au lieu de 320… C’est pas normal. C’est pas qu’on ne veut pas travailler, mais si on le fait, on perd tout”, explique cette quinquagénaire, regrettant le temps où, plus jeune, elle n’avait aucune difficulté à trouver un emploi.

Permettre de conserver le RSA sans limiter le nombre d’heures travaillées : cela lève “un blocage”, estime la propriétaire du château de Viaut, Françoise Boudat, qui embauche régulièrement ce couple pour les travaux dans les vignes depuis 15 ans.

Elle accueille en tout une dizaine de saisonniers pour les vendanges : Espagnols, Roumains, Portugais et parmi les Français, beaucoup de gens du voyage. “Ça a toujours été compliqué d’avoir des vendangeurs”, note cette viticultrice, la cinquième génération à se succéder sur ces terres de l’Entre-deux-Mers. “Mes parents faisaient venir des Espagnols et des hippies”, se souvient-elle.

Manque de saisonniers

Le logement et le transport – de réels freins pour accueillir des saisonniers – ne sont pas vraiment en cause ici car l’exploitation leur met une maison à disposition. Et la majorité des vendanges se faisant aujourd’hui à la machine, le besoin en personnel reste limité.

Mais pour les vendanges de ses vins doux de Sainte-Croix-du-Mont, en bord de Garonne, le château réclame de la main d’œuvre compétente. “Le problème, c’est que pour les liquoreux, il faut faire de très bons tries et si on n’a pas de gens qualifiés, on va passer du temps à leur expliquer. Et avant qu’ils ne comprennent ce qu’il faut réellement ramasser, ils peuvent couper du raisin avec de la mauvaise pourriture et non de la pourriture noble”, note Mme Boudat.

Autres barrières au recrutement de saisonniers : des difficultés de communication avec des gens qui ne savent parfois ni lire, ni écrire, des salaires peu attractifs ne dépassant pas souvent le Smic, la pénibilité physique, le manque de valorisation de la filière, les risques en terme de santé avec l’utilisation de produits toxiques.

A cela s’ajoute la rentrée désormais très tôt des universités, qui élimine les étudiants, et la durée très courte des vendanges.

Résultat : des vignerons, en manque de bras en sont réduits à faire appel à des entreprises de recrutement, ou passer des petites annonces sur internet… Mais sur les 40.500 bénéficiaires du RSA en Gironde, une centaine seulement ont répondu présents en septembre pour travailler dans le maraîchage ou la viticulture au sein du plus grand vignoble français.

“Nous expérimentons de septembre à décembre, ensuite nous évaluerons pour voir si le dispositif est probant”, explique Jean-Luc Gleize, président du conseil départemental à l’initiative de cette aide au retour à l’emploi. Nous verrons s’il peut y avoir pérennisation et extension à d’autres secteurs comme le tourisme”.

Par Alexandra Lesieur pour AFP