La maison Bouey joue sur tous les tableaux. Pointure du négoce, elle investit aussi dans la vigne. Elle aspire à faire retrouver au château Delhomme, l’une de ses dernières acquisitions médocaines, son nom historique, « château la France ». Une requête que ne voit pas d’un bon œil le château La France en Entre-Deux-Mers.

Une bataille autour de la France. C’est ce qui se déroule en ce moment autour du nom d’une propriété acquise au printemps 2014 dans le Médoc par la famille Bouey. Ils souhaiteraient lui redonner son nom d’antan : « château la France ». Seulement voilà. Ils s’en voient empêchés par la farouche opposition du château la France à Beychac-et-Cailleau. La propriété de l’Entre-Deux-Mers s’est opposée successivement au dépôt de la marque « château La France » et « château la France Delhomme », arguant du risque de confusion pour le consommateur.

Tout a commencé peu après l’acquisition du domaine médocain, quand la famille Bouey a voulu déposer la marque « château La France » à l’INPI. « Le précédent propriétaire avait oublié de procéder au renouvellement de la marque « château La France » » explique Stéphane Oudar, directeur marketing et développement de la maison Bouey. Peu après le dépôt, la propriété de Beychac-et-Cailleau y fait opposition. La famille Bouey décide alors d’adjoindre le nom « Delhomme » à « La France ». Un choix fait en hommage à la grand-mère de Patrick Bouey et de son frère Jacques, Anaïs Delhomme, première femme bachelière dans le Médoc et vraie personnalité locale au 19e siècle. Nouvelle contestation auprès de l’INPI. Et ce, malgré l’adjonction du nom « Delhomme ». Mais cette fois, l’INPI se range à la position de Bouey, estimant ce second nom « suffisamment distinctif ». Le château La France fait alors appel de cette décision devant la Cour d’Appel de Bordeaux. La procédure est en cours.

Du côté de la propriété de Beychac-et-Cailleau, on ne peut pas dire que l’on soit très loquace sur la question. « Il y a toujours eu un seul château La France, et il est à Beychac-et-Cailleau » affirme-t-on, sans équivoque possible.« La procédure est en cours, on fait confiance à la justice.» La maison Bouey, elle, attend patiemment le verdict de la cour d’appel. « De l’avis de notre avocat, ce second nom n’induit pas de confusion dans l’esprit du consommateur. Il devrait passer » rapporte, prudent mais confiant, Stéphane Oudar.

En attendant « Château La France Delhomme »

En patientant jusqu’à l’issue de l’affaire, le vin de la propriété est commercialisé sous le nom de « Château Delhomme ». « C’est une cuvée haut-de-gamme » précise Stéphane Oudar. Vendue aux alentours de 9€, elle a été présentée à Vinexpo Bordeaux. Le millésime 2014 est le premier millésime mené de bout en bout par la famille Bouey, avec les conseils de Stéphane Derenoncourt, déjà œnologue-conseil des autres propriétés médocaines. Car la maison Bouey, par le biais de son entité dédiée « Vignobles et châteaux », est déjà bien implantée dans le Médoc. Un positionnement qui pourrait encore trouver à se renforcer dans un futur proche. « Ces vins sont des fers de lance sur tous les marchés. Avec cette stratégie d’achat, on cherche à aller au plus près du vignoble. Il pourrait bien avoir une nouvelle acquisition de propriété l’an prochain » confie Stéphane Oudar.

Mais avant une éventuelle prochaine acquisition, la justice devrait avoir tranché la controverse quant au nom de la propriété à l’automne prochain. Affaire à suivre, donc…