Hier soir, une cinquantaine de Crus Bourgeois du Médoc ont répondu à l’invitation de Terre de Vins pour faire découvrir leurs vins aux plus de 600 amateurs au rendez-vous à la Faïencerie (Bordeaux). Parmi eux, zoom sur les châteaux Doyac (Haut-Médoc) et Castera (Médoc), deux propriétés avec de l’énergie et des idées à revendre.

Château Doyac, dynamiquement biodynamiquement vôtre
Voilà un peu plus de vingt ans que Max et Astrid de Pourtalès ont acquis ce vignoble de 30 hectares, s’étendant quasiment d’un seul tenant sur le plateau calcaire de Saint Seurin De Cadourne. Et en vingt ans, on a le temps d’en mener à bien, des chantiers. Retroussant leurs manches, les propriétaires ont consenti au fil des ans nombre d’investissements tant à la vigne que du côté l’outil technique. Dès le départ, un parti écologique a été pris, couronné en 2018 par une certification en agriculture biologique, et en 2019 par une certification Demeter en biodynamie. Agrandi en 2009, le vignoble a vu son encépagement mieux adapté aux sols majoritairement sablo-argileux, avec une proportion de cabernet-sauvignon diminuée, de merlot augmentée (75%), et du cabernet franc planté. « 3 hectares de cabernet franc rentreront en production à partir de 2020, et deux hectares supplémentaires en 2021 », détaille Clémence de Pourtalès, la fille des propriétaires, qui a pris les rênes de la direction technique depuis 2016, après avoir fait ses armes à Lynch-Bages, Phélan-Ségur et en Nouvelle-Zélande. « Peut-être même créerons-nous une cuvée 100% cabernet franc », annonce-t-elle. Mais ce n’est pas tout, la famille de Pourtalès a aussi décidé d’inaugurer l’an prochain une nouvelle gamme de vins monocépages, baptisée « Le Pélican ». Le blanc 100% sauvignon et le rosé 100% cabernet sauvignon seront dévoilés en avril 2020, le rouge 100% merlot en 2021. Ces évolutions au vignoble ont également été accompagnées il y a quelques années par l’édification d’un nouveau chai de conditionnement et d’un nouveau chai à barriques, afin d’optimiser la qualité des vins, que Max de Pourtalès veut « fins et élégants, pas trop extraits, ce qui n’empêche pas d’avoir de la matière, en respectant l’équilibre et la fraîcheur. » Dans la mouvance de ce dynamisme perpétuel, en ligne de mire, à l’horizon 2022, la construction d’un nouveau chai de stockage, comprenant à l’étage une salle de dégustation dotée… d’un four à pizza ! « Nous avons déjà une salle de dégustation avec un four à pizza qui a un succès fou lorsque nous invitons des professionnels, explique Clémence de Pourtalès. Avec cette nouvelle salle, nous souhaiterions ouvrir plus largement sur des événements ponctuels au grand public. »

Ce mercredi soir en dégustation, le domaine faisait découvrir son 2017, premier millésime en conversion biodynamique, « un vin à apprécier d’ores-et-déjà, sur le fruit, au boisé léger, avec une extraction tempérée, une belle longueur et un équilibre parfait, toujours dans cette recherche de finesse qui nous est chère », expose la responsable technique. Autre millésime présenté, 2016, « plus concentré et vif, sur le fruit rouge, encore très jeune et qui va parfaitement évoluer dix ans sans souci. »

Château Castera, la conviction œnotouristique
Castera a l’expérience des années en matière de bourgeoisie. Bâti à l’époque féodale, ce domaine de 63 hectares répartis sur les communes de Saint-Germain d’Esteuil et d’Ordonnac a en effet accédé de au rang de Cru Bourgeois lors du premier classement de 1932. Aujourd’hui, la deuxième génération familiale, en la personne de Thomas C. Press, préside aux destinées de château Castera. La dynamique insufflée combine « une quête constante de qualité (sélection des parcelles, tri rigoureux des raisins), et l’ambition d’accroître encore et toujours la renommée du château. » Dans cette perspective, pratiqué de longue date, l’œnotourisme est pleinement structuré depuis 2009, trois formats de visites payantes (découverte, patrimoine, premium) ayant été instaurés depuis 2011. C’est aussi cette même année qu’a été donnée la touche finale des travaux dans la tour du domaine, qui accueille désormais l’exposition des archives privées de la propriété. Jamais en manque d’inventivité, depuis trois ans, le domaine profite des beaux jours pour organiser ses « Estivales de Castera », une manifestation par mois à la propriété de mai à septembre. « Généralement, nous proposoons en mai une exposition, en juin un concert de rock, en juillet nous organisons ”Castera en fête”, en août une conférence littéraire en l’honneur de deux des illustres propriétaires d’antan, Etienne de La Boétie et Montaigne, et enfin en septembre, pour finir en beauté, notre ”Caster’apéro” », énumère Jean-Pierre Darmuzey, directeur administratif et commercial. Et ces efforts paient, avec chaque année entre 4000 et 5000 visiteurs acceuillis, pour moitié français et moitié étrangers.

En attendant le retour de ces réjouissances estivales, Castera proposait hier soir à la dégustation son 2017, « millésime par excellence pour attendre 2015 et 2016. Un vin frais, à la grande buvabilité dès à présent, très accessible, à consommer dans les 7-8 ans », et Castera 2010, « un millésime jusque-là assez fermé, mais qui commence à s’ouvrir, et va aller très loin, prouvant une nouvelle fois que les vins du Médoc vieillissent excellemment bien. »

L’œil vers 2020

Ces exemples de « bourgeois innovants » ne sont que deux parmi tant d’autres, témoignant d’une belle dynamique de cette grande famille médocaine. « La base commune des Crus Bourgeois c’est cette qualité avérée des vins. Il faut être optimiste, car nous avons plein d’atouts et des profils complémentaires », affirme le président des appellations Médoc, Haut-Médoc, Listrac, et propriétaire du château Maurac (Haut-Médoc), Claude Gaudin. « Il y a déjà un dynamisme pour partie collectif et pour partie individuel, mais maintenant, il nous faut réussir à trouver notre place. Nous sommes nombreux à espérer que le nouveau classement, avec la réintroduction des trois niveaux hiérarchiques, donne un nouveau souffle à l’Alliance des Crus Bourgeois, et réinstaure la lisibilité pour les acheteurs et les consommateurs. » Affaire à suivre en 2020.

Photos Solène Guillaud