François-Xavier Demaison (photo Michael Boudot)
François-Xavier Demaison (photo Michael Boudot)

Dans “Terre de Vins” n°49, encore en kiosques pour quelques jours, le comédien s’est confié sur sa passion du vin. Retrouvez en intégralité notre entretien avec un garçon humain et truculent, dont l’amour pour le vin sonne comme une évidence.

Fiscaliste en France et à New York, il se dit, le 11 septembre 2001, que la vie est décidément trop courte. Une résolution désormais : « Je ne veux plus perdre ma vie à la gagner.» Il donne sa démission et rencontre l’acteur Samuel Le Bihan qui lui donne sa chance et le produit. Lorsqu’il est nommé aux Molières en 2007, Antoine de Caunes vient le voir et lui dit : « C’est toi mon Coluche. » Le film sort en 2009. François-Xavier Demaison est nommé au César du meilleur acteur. Il enchaîne dès lors… 45 films ! « Le Petit Nicolas », « La Chance de ma vie », « Comme des frères », « L’Outsider »… François-Xavier Demaison vient par ailleurs de tourner avec François Cluzet « un sublime film » qui sortira l’année prochaine, une comédie sociale sur la misère agricole. Il monte également sur scène pour endosser son habit d’humoriste dans un spectacle qui n’a pas de nom mais remporte un formidable succès. Avec des textes bien écrits, une énergie folle, il vous emporte dans son univers au carrefour des plus grands : Coluche, Devos, Meteyer… Truculent, forcément drôle, terriblement humain, François-Xavier Demaison est aussi un grand dingue de vin. Au théâtre de l’Œuvre, où il nous reçoit, ça tire-bouchonne dur : Vallée du Rhône, Bordeaux… les bouteilles défilent dès 12 heures, comme une leçon de vie. Sauvé : il est 15 heures passées, François Xavier doit partir pour sa séance de sport…

Tu as investi dans un théâtre à Paris, que veux-tu en faire ?
J’ai investi dans le théâtre de l’Œuvre, rue de Clichy, en 2016, avec Benoît Lavigne et un grand groupe, Vivendi, qui nous soutient : ils sont curieux, surprenants. Je suis actionnaire et je suis co-directeur. Dans ce théâtre, on veut mettre en avant les auteurs et les acteurs. On a accueilli des spectacles exceptionnels. C’est un lieu qui vit. On a fait un hommage à Belmondo, on a eu Thomas Fersen… Pour cette rentrée, il y a Manu Paillet. C’est un lieu qui vit, et grâce à Christian Etchebest, on y a monté un petit bar à vins. On est les plus heureux du monde ! Il y a une convivialité qui se fait après le spectacle. On fait plus de 300 dates dans l’année. On est ouvert six jours sur sept…

Un jour, un verre. Quel est le souvenir de ton premier verre ?
C’était un Ducru-Beaucaillou, grand cru classé du Médoc. J’ai 17 ans. Je me dis « Putain, c’est bon ». J’ai la beauté du diable, ma petite mèche (rires). Je me dis, là, « il se passe quelque chose ». Et à Sciences Po, je bois des coups, puis ça s’emballe. Mon métier d’acteur m’amène à rencontrer ensuite des vignerons. Cela passe par la rencontre, par la dégustation sur les domaines. Pour moi, quand j’ouvre une bouteille, cela veut dire « Je t’aime. » J’aime les grands bordeaux, les petits bourgognes. J’aime tous les vins, du moment qu’ils sont bons.

Quand à 17 ans tu bois ce verre, ta famille t’a-t-elle éduqué au vin ?
Mon père est un franc buveur ! C’est un pote de Passard, de Guy Martin, c’est un barjot de la bouffe, il ne pense qu’à ça. Il est avocat au barreau de Paris et travaille toujours. Mon métier m’a aussi amené à rencontre des gens comme Serge Ghoukassian, sommelier et patron du restaurant Chez Serge, à Carpentras. J’adore ça.

Aujourd’hui, ton cœur penche clairement pour la vallée du Rhône, non ?
Aujourd’hui, j’ai vraiment un amour du Rhône ! C’est le Sud. Maintenant, comme je suis avec une catalane, je suis également fou du Roussillon. J’aime Olivier Pithon. Je viens au Rhône car, un jour, je joue à Carpentras et je rencontre Serge Ghoukassian. On est en 2009. Je dîne chez Serge. Je me dis « Ce mec, c’est pas possible », le personnage, la générosité qu’il envoie. Je me dis « C’est mon frère », en moins beau, mais c’est mon frère. Serge, il a une Jeep, on va dans les vignobles. On arrive au Vieux Télégraphe, au château de Beaucastel, à la Nerthe et ça débouche. À Beaucastel, François Perrin nous fait découvrir toutes les cuves, tous les tonneaux, les bouteilles classiques… Il nous emmène manger à Loustalet, à Gigondas. J’ai fait péter un Clos Rougeard. Quel souvenir !

Pourquoi aimes-tu à ce point le Sud ?
Ma mère est corse. Les dégustations chez Antoine Arena, chez Yves Canarelli , c’est extraordinaire. Canarelli, c’est un des meilleurs vins que j’ai bus de ma vie. Quand j’étais petit, on buvait du Leccia. J’ai découvert tous ces vins du Sud que j’adore. J’ai adoré le grand rouge de Revelette de Peter Fischer. J’ai adoré me promener au château Lacoste et j’ai adoré les vins d’Éloi Durbach. J’ai une passion pour Trevallon. J’ai aussi une passion pour le rosé glaçons ! Il remplace le verre d’eau… Après, je passe au blanc puis au rouge (rires).

Pourquoi le vin occupe-t-il une place importante de ta vie ?
C’est un média pour rencontrer les hommes et les hommes que j’aime. C’est une façon de m’exprimer. Et ma femme me raccroche aussi au vin.

Tu nourris en effet avec elle un projet dans le Roussillon. Raconte-nous…
Pour le moment, ce projet en est à ses balbutiements. Mais j’ai envie de faire du vin. Avec Anaïs, on va faire un blanc exotique, un blanc accessible, un blanc qui fait plaisir tout de suite. On va aussi faire un rouge qui tache, un gros jus. Un rouge qui va avec le chorizo, avec la tortilla, la côte de bœuf, la pluma iberica. Anaïs est issue dune famille espagnole. Quand ils te font des parilladas de fruits de mer avec calamars et poissons, il y a autant d’ail que de poisson ! Je rentre, je respire l’ail par tous les pores. Quand je mange de l’ail, je suis un homme meilleur.

Ce projet de vignoble, alors ?
Ce projet est en devenir. Je ne peux pas en dire plus pour l’instant mais je viendrai vous en parler et le faire déguster. Je veux faire quelque chose qui me ressemble, qui soit bon, pas prétentieux. Ma femme est un élément déterminant dans ce projet. C’est sa région. On boira la première cuvée dans trois ans.

Comment achètes-tu tes vins aujourd’hui ?
J’adore les caves Augé. J’adore aussi mon caviste, Raphaël, chez « Appellation and co » dans le 7 ème. Et quand je sens qu’il y a quelque chose, je fais un massacre, au gré des balades. Mes parents sont descendus à Bordeaux et m’ont ramené 24 bouteilles de Mitjaville (Roc de Cambes, Ndlr). Il y a aussi le domaine de l’Anglore d’Éric Pfifferling à Tavel. C’est extraordinaire. J’aime aussi les crozes-hermitage, les grands bourgognes, les vins de Corse… Voilà ma cave.

Quel regard portes-tu sur Bordeaux ?
J’adore les bordeaux ! L’an dernier, j’étais membre du jury du film français de Pauillac (33). Je suis un malade de Mouton-Rothschild. Mon plaisir, quand je suis chez moi, est de me faire un bon bordeaux. J’aime tous les vins, mais cela se termine toujours par un bordeaux. Tous les gens qui aiment le vin aiment le bordeaux. Je suis fou de Lafite, Latour… Yquem sur un dessert, il n’y a rien de mieux ! On aime le bordeaux, merde ! Un soir, après le théâtre à Marseille, il y avait Éloi Durbach, Brunier, Yves Gangloff… On s’était finis à la maison et on avait bu du bordeaux. Les mecs du Rhône ne boudaient pas leur plaisir.

Et les bordeaux moins renommés ?
Ils m’intéressent aussi ! Le Sèpe, c’est minéral, c’est droit. C’est délicieux (château le Sèpe, Entre-Deux Mers, Ndlr). Il y a une espèce de fraîcheur. Ce sont des vins qui ne te fatiguent pas. Car il y a des vins qui t’usent, comme les menetou-salon. Là, avec le Sèpe, on peut retourner bosser ! T’as pris zéro calorie, tu t’es fait plaisir, la vie est belle. Au château le Sèpe, ma mère est associée à Catherine, la femme de Dominique Guffond, qui est propriétaire. C’est un petit vin de Bordeaux. On est très fiers de le référencer à notre bar à vins au théâtre ! J’aime aussi les crus bourgeois. Ma recommandation pour les foire aux vins, c’est « Vive les crus bourgeois du Médoc ! » Ils sont 243 et c’est un label. J’ai plus confiance dans leur label quand dans la médaille d’argent de bordeaux.

Quand on t’écoute, le vin est finalement une ode à la vie…
C’est un média. Quand je me mets derrière le bar et que je dis « Vous voulez goûter ce petit blanc ? » en précisant ensuite « Je vous l’offre », c’est rien, mais le mec est tellement content. Cela me rend heureux.

D’où vient cet amour de la vie et du partage?
Je ne sais pas d’où ça vient. C’est comme ça, c’est ma nature profonde. C’est comme ça que j’ai envie de vivre, c’est comme ça que j’ai rencontré ma femme, comme ça que je veux élever ma fille, Sacha, qui a 10 ans. J’ai toujours un mot pour le mec que je croise dans la rue. Mais de temps en temps, il faut aussi se débrancher, il faut se recharger.

Qui sont tes amis dans le monde du cinéma et du théâtre ?
Samuel le Bihan, Stéphane de Groodt, Antoine de Caunes, Hugo Gelin, Nicolas Duvauchelle, François Berléand…

Un mot sur les vins naturels ?
J’adore ça. J’adore les vins bios mais je ne suis pas un extrémiste.

Un coup de gueule ?
La malveillance, la jalousie, ça m’énerve. Les gens qui vont mal, j’ai envie qu’ils aillent bien.

Un mot sur la politique ?
Les notables de la politique me gonflent. Ces gens qui donnent des leçons et prennent l’argent public doivent aller se faire foutre. Je ne peux plus les supporter. Macron apporte un vent de fraîcheur. On a envie d’un sauveur, d’un messie. On a envie d’un peu d’espoir. Mais il n’y a que des coups à prendre pour les artistes à parler de politique…

Tu veilles à ta ligne. Un bon resto à Paris pour bien commencer la rentrée ?
Jean-François Piège, définitivement, avec sa carte des vins ! Je me suis fait deux Roc d’Anglade chez lui à 80 €. J’aime aussi Taillevent : tu y trouves les vrais bordeaux à des prix décents. J’aime Guy Savoy, Alain Passard, Juan Arbelaez à Boulogne (avec son restaurant Plantxa, Ndlr)…

François-Xavier Demaison dans dix ans ?
Le même en plus mince. Rien ne change. Je me sens bien.

Retrouvez cette interview dans “Terre de Vins” n°49 (septembre-octobre 2017). Abonnez-vous en suivant ce lien.