(Photo F. Hermine)
(Photo F. Hermine)

C’est une nouvelle déconvenue pour la clairette de Die dans la Drôme qui avait proposé une production en effervescent rosé sans IG après s’être vu interdire par le Conseil d’état en janvier dernier celle en clairette rosé. Les producteurs sont interdits de bulles rosées toutes dénominations.

Il ne pourra y avoir aucune bulle rosé(e) sur les terres de la Clairette. La solution de repli proposée par le syndicat de la Clairette de Die a été rétoquée par le Conseil Constitutionnel qui a refusé l’abrogation de la loi de 1957 dans le cadre de la nouvelle loi Agriculture et Alimentation. Celle-ci interdit de produire tout vin effervescent hors AOC dans l’aire d’appellation à défaut de continuité dans la production. Et la clairette avait malencontreusement arrêté au milieu du XXe siècle la production de rosé inscrite pendant des décennies dans le registre des caves et sur les cartes des restaurants locaux. Elle ne ne l’avait pas remis dans son premier cahier des charges AOC en 1942 à une époque où la production n’était plus qu’anecdotique et peu dans l’air du temps ; elle s’était alors concentrée sur le brut et le tradition. Les opérateurs diois ne pourront pas non plus commercialiser leurs vins en IGP Méditerranée, étant exclus de cette zone géographique pour les vins effervescents. “Aujourd’hui on commercialise la clairette 2016 et 2017 antérieurs à l’interdiction, mais il reste 5000 hl en stock chez une quinzaine de producteurs, difficiles à vendre sans promotion même si à son lancement, elle avait rencontré un beau succès auprès des consommateurs” explique le président du syndicat Fabien Lombard. Nous craignons une cristallisation de l’appellation ».

Le Cerdon vent debout

Les problèmes sont venus des vignerons du Bugey voisin dans l’Ain qui mènent une politique jusqu’au-boutiste faisant fi des tentatives de médiation de l’Inao. Pas de conciliation possible au nom de la protection du cerdon et en criant à la concurrence déloyale. Les deux produits sont des méthodes ancestrales mais le cerdon est à base de gamay pour le rosé, Die ne l’utilisait qu’en cépage accessoire et élaborait sa clairette rosé principalement à base de muscat petits grains et muscat rouge pour gagner en typicité. L’appellation bugiste (AOC depuis 2009) qui produit en Cerdon environ 2 millions de rosés effervescents par an sur une dizaine de communes à environ 200 km de Die ne peine pourtant pas à vendre ces bouteilles. Question de principe mais aussi question d’hommes.

Un cahier des charges gravé dans le marbre

Quand le bourguignon Jean-Louis Bergès s’était penché sur le sujet à son arrivée en 2010 à la tête de Jaillance, leader de l’appellation dioise (70% des volumes de clairette, soit environ 3 millions de bouteilles élaborées avec les apports de plus de 220 adhérents sur 1150 ha), il croyait avoir trouver une solution pour rajeunir l’image de la clairette et attirer un public plus jeune et féminin. Les autres opérateurs lui avaient d’ailleurs emboité le pas avec enthousiasme. Mais les cahiers des charges étaient déjà réécrits et il ne pensait pas que c’était gravé dans le marbre. Pas de clairette rosé ni d’IGP Méditerranée rosé en effervescent « mais on peut pas non plus reporter le développement de rosé en crémant, toujours faute d’antériorité, peste Jean-Louis Bergès. Nous sommes le seul crémant (avec la Savoie) à ne pas pouvoir faire de rosé alors que le prosecco a obtenu l’autorisation en 2 ans. Nous sommes condamnés à ne faire que de la clairette en blanc, ce qui supprime toute possibilité de développement comme la plupart des effervescents. Il ne nous reste plus qu’à faire du rosé effervescent à l’extérieur de l’aire de l’appellation, une absurdité et un surcoût que tout le monde ne pourra pas se permettre ».