Avec sa gamme “Au Creux du Nid”, le Domaine la Colombette, situé à Béziers (34) signe des vins issus de “cépages résistants” – comprendre, des cépages obtenus par croisements génétiques, capables de résister aux maladies et aux insectes.

Ils se nomment Cal 1-14 ou Cal 6-04. Ce ne sont pas des robots issus d’un roman de science-fiction mais des cépages dits “résistants”, comme ceux utilisés par le Domaine la Colombette, pionnier de la recherche sur les variétés hybrides dans la viticulture. Ce domaine familial, conduit par la famille Pugibet depuis quatre générations, a connu un grand coup d’accélérateur à la fin des années 1990 avec l’arrivée de Vincent Pugibet au côté de son père François. Ensemble, les deux hommes ont agrandi et modernisé le vignoble, lancé des produits iconoclastes (la gamme “Plume”, des vins à 9° d’alcool) et surtout amorcé une réflexion de fond sur les cépages résistants. “En 2006, nous avons acquis 30 hectares de vignes en bio, explique Vincent Pugibet. Nous nous sommes à la fois interrogés sur le meilleur encépagement, mais aussi sur la meilleure façon de produire du vin sans avoir recours à des traitements. C’est ainsi que nous avons découvert l’existence des cépages résistants”.

Souvignier gris, johanniter, cabernet-jura…

En s’appuyant sur les travaux de chercheurs comme Volker Jörger (Institut de Fribourg) et surtout du “chercheur-vigneron” suisse Valentin Blattner, Vincent en François Pugibet ont découvert tout une gamme de cépages hybrides obtenus de manière sexuée par croisement entre différentes variétés. Ces cépages se nomment souvignier gris, johanniter, monarch, prior, ou encore cabernet-jura 5-02… “Tous ces cépages résistants permettent d’acquérir des résistances aux maladies (mildiou, oïdium), ils sont moins appétant aux insectes, souligne Stéphanie Chanfreau, chargée de mission “PIWI” au domaine. Ce qui nous permet d’avoir des vignobles peu ou non traités, mais aussi de puiser dans la diversité des “vitis” (nom scientifique de la vigne) pour créer des vins différents, se démarquer, se redonner de la créativité, de la liberté”.

Avec une trentaine de variétés différentes plantées sur près de 30 hectares, les équipes du Domaine la Colombette ont expérimenté différentes pistes avant d’aboutir à un résultat satisfaisant… dans le verre. “Il y a d’un côté les interrogations techniques, philosophiques et environnementales, explique Vincent Pugibet, puis de l’autre la qualité du vin. Aujourd’hui, avec six ans de recul, nous sommes persuadés que notre projet tient la route. Trente hectares sans traitement, ça marche, c’est une solution d’avenir. Après, au niveau du vin, nous avons obtenu des choses insatisfaisantes, et des choses très prometteuses. L’avantage de produire des vins de pays à Béziers est que cela nous donne beaucoup de liberté. Nous n’avons pas la renommée du terroir, mais nous avons la créativité”.

“Au Creux du Nid” depuis deux millésimes

Depuis 2012, le Domaine la Colombette produit donc, en rouge et en blanc, son vin issu de cépages résistants, baptisé “Au Creux du Nid”. Le blanc est issu d’un assemblage de cabernet blanc et Cal 6-04, le rouge d’un assemblage de cabernet-jura et Cal 1-14. Produit à hauteur de 30 000 bouteilles par an, “Au Creux du Nid” est commercialisé 8 € prix public. “Sur un sujet aussi novateur, nous nous devons de faire le meilleur vin possible, cela a pris du temps de trouver le meilleur assemblage sur le plan aromatique, organoleptique, avance Vincent Pugibet. Cela étant, il s’agit de géniteurs venus d’Allemagne ou de Suisse. La prochaine étape consiste donc à sélectionner des croisements parfaitement adaptés à notre région, pour aller vers une typicité plus languedocienne. C’est un travail de longue haleine, qui prendra sans doute plus de 15 ans”.

De longue haleine, également, le travail d’explication de la démarche auprès d’un grand public qui peut manifester de la méfiance vis-à-vis de ce type d’expérimentation : “nous travaillons sur la génétique, cela peut dont engendrer des amalgames, des craintes, reconnaît Vincent Pugibet. Notre discours consiste à expliquer que nous revenons à une reproduction sexuée de la vigne, à recréer de la diversité, de la vitalité. Il s’agit aussi de souligner l’importance de s’affranchir des pesticides, de montrer qu’une autre voie est possible. Nous espérons que notre exemple sera suivi. En attendant, on sent beaucoup de curiosité pour notre démarche, elle interpelle. Il faut continuer à travailler, et laisser les idées faire leur chemin”.

Mathieu Doumenge