Ci-dessus : Anne-Laurence et Mathieu Chadronnier (photos Gunther Vicente)
Ci-dessus : Anne-Laurence et Mathieu Chadronnier (photos Gunther Vicente)

Au château Marsau, propriété de 13,60 hectares en appellation Francs-Côte-de-Bordeaux, Anne-Laurence et Mathieu Chadronnier écrivent une nouvelle histoire. Les vendanges 2019, qui viennent de s’achever, devraient en constituer un chapitre essentiel.

Certains murmurent aux oreilles des chevaux. Anne-Laurence Chadronnier parle à ses vignes. Elle les réconforte, elle les encourage, elle les félicite. Passant au milieu des rangs de vieux merlots, elle pose sur eux un regard bienveillant en se remémorant les moments difficiles de ces deux dernières années : l’impitoyable vague de gel de 2017 ; la redoutable pression mildiou de 2018, alors que le vignoble entamait sa toute première année de conversion à l’agriculture biologique. Deux coups durs, deux épreuves, qui font partie d’une vie de vigneronne mais qui laissent forcément des traces. L’émotion est toujours là, palpable. Mais la force de conviction prend naturellement le dessus, surtout face à l’incoercible résilience de la vigne : à l’heure des vendanges 2019, celle du château Marsau a répondu présent. C’est un beau millésime qui se profile, avec d’autant plus de certitude que tous les raisins ont été récoltés. La page des deux dernières années peut enfin être tournée. Et Château Marsau écrire pour de bon le nouveau chapitre de sa destinée.

“Mettre un paysage dans un verre”

Propriété de 13,60 hectares en appellation Francs-Côte-de-Bordeaux, située sur de beaux terroirs argileux de la rive droite de Bordeaux où le merlot est roi, Château Marsau appartient à la famille Chadronnier. Depuis deux ans, Mathieu Chadronnier (directeur général de la maison de négoce CVBG) et son épouse Anne-Laurence ont pleinement repris les rênes du domaine. Anne-Laurence, diplômée de l’École Supérieure d’Agriculture d’Angers et de la Faculté d’Œnologie de Bordeaux, collaborait avec son beau-père Jean-Marie depuis 2012. La voici désormais “seule à la barre” – une image qui sied bien à ses racines bretonnes – mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien à quatre mains que s’écrit désormais l’histoire de Marsau. Les projets ne manquent pas, ils sont même foisonnants. L’environnement et la biodiversité forment ici la première des préoccupations : plantations d’arbres (notamment fruitiers), conversion au bio entamée en 2018, vendanges exclusivement manuelles, réflexion poussée sur le travail des sols. “Après ce 2018 éprouvant, je me suis posée beaucoup de questions”, explique Anne-Laurence Chadronnier. “Tout d’abord, cela n’a absolument pas remis en cause notre engagement pour le bio. Mais cela m’a amené à repenser l’équilibre global de la vigne, de prêter encore plus attention aux signaux qu’on lui envoie et qu’elle nous envoie. Je pense qu’il faut moins travailler les sols, laisser davantage la nature prendre le relais et vraiment adapter nos décisions au profil du millésime”. Être à l’écoute d’un écosystème et défendre une approche holistique de la viticulture, en tirer le meilleur pour “mettre un paysage dans un verre”, celui d’un lieu qui leur tient viscéralement à cœur, telle est l’ambition d’Anne-Laurence et de Mathieu.

“Le chapitre de tous les espoirs”

Si 2019 n’a pas été aussi douloureux que son prédécesseur, il n’a pas été, pour autant, exempt de difficultés. Les gelées printanières, sans être aussi violentes qu’en 2017, ont impacté les rendements. Mais surtout, le scénario du millésime a été fait d’à-coups successifs : partant d’une floraison étalée et hétérogène, passant par un été extrêmement chaud (tempéré par quelques pluies bienvenues en juillet-août et par l’effet tampon des sols argileux), il a nécessité des prises de décision méticuleuses à la vigne, jusqu’au suivi de la véraison et aux dates de vendanges. À Marsau, les premiers coups de sécateurs ont été donnés le 20 septembre sur les jeunes vignes qui avaient fleuri tôt, puis ont été repris aux alentours du 27 septembre, pour finalement s’achever cette semaine. “C’est une amplitude de vendanges assez importante pour Marsau”, souligne Anne-Laurence Chadronnier. “Clairement, les différentes parcelles n’ont pas réagi de la même façon aux conditions du millésime et il fallait être très attentifs, notamment par rapport aux degrés d’alcool qui pouvaient vite monter. Il y aura des concentrations mais le terroir de Marsau nous permet d’avoir de bonnes acidités et de beaux équilibres”, poursuit la vigneronne qui avoue avoir un faible pour les millésimes “pas évidents à vinifier” (clin d’œil appuyé au 2014).

D’ailleurs, une dégustation verticale de 2012 à 2017 nous confirme la montée en précision sur les derniers millésimes, avec un 2014 sur le registre de l’élégance retenue, un 2015 tout en texture sensuelle, un 2016 remarquable d’équilibre et 2017 épatant d’énergie. 2018 – car oui, il y aura un peu de vin à boire de ce millésime – sera révélé un peu plus tard… Anne-Laurence et Mathieu Chadronnier y tiennent : “même s’il a été éprouvant, il a marqué le début d’une nouvelle histoire à Marsau. Il est la couverture du livre”. 2019 sera le chapitre de tous les espoirs. Tout reste à écrire.