L’association des grands crus classés de Saint-Émilion a été fondée en 1982 et regroupe aujourd’hui 50 propriétés. 40 d’entre elles étaient présentes il y a quelques jours à Paris pour une grande dégustation. L’occasion d’échanger avec le nouveau président, François Despagne, propriétaire du château Grand Corbin Despagne.

L’image communément véhiculée par les grands crus classés de Saint-Émilion est celle d’un certain élitisme. Pourtant, c’est exactement l’inverse que prône François Despagne (récemment élu président de l’association), rappelant que “les propriétés sont grand ouvertes, les visiteurs étant les bienvenus pour venir sur place découvrir les vins”. L’environnement est en effet propice à l’œnotourisme, compte tenu notamment de la taille relativement petite des propriétés. Nombre d’entre elles proposent ainsi une offre intéressante qui sera d’ailleurs prochainement présentée de manière exhaustive sur la nouvelle version du site internet de l’association des grands crus classés de Saint-Émilion. Quand il résume ce que représentent ces vins, François Despagne utilise deux mots : “excellence accessible”. Le merlot qui est ici toujours le roi insuffle une grande gourmandise de fruits aux vins qui, tout complexes qu’ils soient, n’en demeurent pas moins très charmeurs. Mais l’intérêt de se pencher sur ces différents domaines réside aussi dans la grande diversité des profils de vins produits. La mosaïque de terroirs en est bien entendu à l’origine, qu’il s’agisse des fameux calcaires du plateau, de molasses du fronsadais, d’argiles rouges et bleues ou bien encore de sables.

Des 2016 fringants

Dans le cadre de la dégustation parisienne, l’association avait demandé à ses membres de présenter le millésime 2015 ou 2016 au choix ainsi que le millésime 2018 en primeur. Une démarche à souligner car, comme le rappelle François Despagne, « de très nombreux acteurs du monde du vin, notamment certains journalistes, des cavistes et des restaurateurs n’ont pas forcément la possibilité de descendre à Bordeaux pendant la semaine des primeurs. Leur présenter dans la capitale est une preuve supplémentaire de l’idée d’accessibilité de nos vins ». Et à la dégustation, les vins ont montré une fois de plus tout leur potentiel. Un focus sur le millésime 2016 a permis de déguster des vins au fruits noirs intenses, très souvent mâtinés d’épices douces (cumin, girofle) et dotés de matière dense mais sans excès. Le château Faurie de Souchard, propriété de la famille Dassault, s’avère aujourd’hui bien accessible, souple en milieu de bouche. Le château Fleur Cardinale est d’une plus grande profondeur mais ses tannins sont bien polis. Sa matière va encore s’affiner avec quelques années de cave supplémentaires. Pour les amateurs de Pomerol dotés d’un milieu de bouche rond et gras, le château Grand Corbin Despagne semble tout indiqué. Son équilibre général en fait une jolie réussite. Dans un style radicalement différent, le château de Pressac affirme une autre personnalité. Son joli toucher de bouche contraste avec une finale un peu serrée (le terroir de molasses du fronsadais n’y est pas étranger) mais qui n’écrase pas du tout le vin. Un vin qui s’exprime et dont la définition s’est sensiblement améliorée, grâce notamment aux nombreuses réflexions et évolutions de son propriétaire sur la vinification et l’élevage.

En cette année du 20ème anniversaire du classement de Saint-Émilion au patrimoine mondial de l’UNESCO (1999), la redécouverte de ces grands vins paraît toute indiquée.

Photos JM Brouard et DR