(photo P. Gonnet)
(photo P. Gonnet)

Présent à Lyon Tasting les 19 et 20 octobre prochains, Franck Chavy a remporté en janvier dernier grâce à son morgon le trophée de “meilleur gamay du monde”. Rencontre avec un vigneron qui veut replacer le beaujolais dans le cœur des consommateurs français.

“Là, nous sommes assis devant ma dernière cuvée de Brouilly, avec le coucher de soleil sur Régnié, et il y a une montgolfière qui passe, là-bas. Franchement, je ne changerais ça pour rien au monde.” Lorsque Franck regarde ses vignes, il se dit que c’est bien là le meilleur bureau qui puisse exister, pour effectuer un job passionnant dont il ne se lassera jamais.

Un bureau naturel de dix hectares dans lequel il officie seul, et dont le chai qui en est l’annexe naturelle se transforme en laboratoire et atelier d’artiste, au sein duquel il expérimente diverses techniques de vinification, de façon autant scientifique qu’intuitive, millésime après millésime.

Le vigneron artiste

Enfant du pays, il apprend l’art du métier lors de son BTS viti-oeno à Beaune, puis prend ses marques dans le Beaujolais, principalement à Morgon, puis à Régnié et Brouilly, en suivant sa philosophie et sa vision du métier. “Quand tu fais du vin, tu as deux options : soit tu produis du raisin et tu en sors un produit, soit tu t’investis et tu essaies d’innover et de pousser le curseur toujours un peu plus loin. Pour chaque millésime, je note tout ce que je fais, pour voir ce qui fonctionne. C’est un peu comme le travail d’un Chef : si tu manges toujours la même chose chaque année dans son restaurant, ça n’a aucun intérêt. Il faut donc mettre toute ton âme dans ce que tu fais, et après ça se vend tout seul.”

Investir son âme a donc payé pour Franck, dont la cuvée Fût de Chêne en AO Morgon (Corcelette) a remporté la place du meilleur gamay du monde en janvier 2019, lors du concours éponyme qui se tenait à Lyon pour la 6è année.

Franck produit des cuvées élevées en fût, mais pas par adoration du bois, juste parce que c’est un outil qui permet de donner une autre expression du terroir et d’augmenter la palette d’expression de ses vins. Car pour cet élève que ses professeurs de collège voulaient envoyer aux Beaux-Arts, “le fût ou la technique doit être au service du produit, du terroir. Pas l’inverse. L’intérêt du métier de vigneron réside dans cette grande créativité qui nous est laissée. Comme un cuisinier dispose de ses ustensiles, nous avons des techniques. Mais au-delà de notre maîtrise de la technique et de nos outils, c’est notre sensibilité qui fera toute la différence. Par exemple, pour ma cuvée sans soufre, c’est un risque technique (car nous n’avons pas le droit à l’erreur), mais aussi et surtout beaucoup de feeling”.

D’autant que quelle que soit la technique choisie, le gamay reste un cépage capricieux, et exigeant. Le consensus est assez général sur les qualités de ce cépage, et Franck comme beaucoup d’autres le compare à un enfant doué, qui donnera le meilleur de lui-même s’il est bien élevé, mais le pire si on le laisse prendre ses aises et faire ce qu’il veut. Mais Franck fait partie de la bande des optimistes : pour lui, le niveau du Beaujolais s’est considérablement amélioré, et il “est rare aujourd’hui de trouver des primeurs vraiment mauvais. Cela reste toutefois vrai que les consommateurs ont boudé ce cépage et l’appellation Beaujolais dans son ensemble, surtout les Lyonnais, et que nous avons un travail de reconquête à faire”.

Priorité à la reconquête nationale

Et cela tombe bien, car conquérir ou reconquérir l’étranger ne l’attire pas plus que ça, et l’export n’est pas sa priorité.
Non pas parce qu’il boude les marchés étrangers (avec lesquels il commerce malgré tout), mais plus parce que son attirance première va dans la rencontre et l’échange avec les consommateurs. Les deux ne sont évidemment pas antagonistes par nature, mais les ventes qu’il réalise avec les Français et les touristes étrangers de passage lui suffisent, et il préfère prendre du temps pour expliquer ses dernières expérimentations et productions aux clients de passage qu’à autre chose.

Ses clients sont de plus en plus constitués de fidèles, qui viennent d’ailleurs souvent pour goûter la cuvée élue meilleur gamay ou celles référencées dans le Guide Hachette par exemple, et qui repartent non seulement avec celle-ci mais aussi avec le Régnié sans soufre. Ils découvrent à travers lui une fraîcheur, une rondeur et une souplesse qui souvent les surprennent.

Communiquer sa passion

Produire quelque chose de beau, de bon, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Si Franck a choisi le métier de vigneron, c’est aussi et surtout parce que c’est un touche-à-tout. “Moi je voulais travailler dans les vignes et faire du vin et le vendre, et pour ça il faut savoir plein de choses, et être capable de toucher à tout. Il faut être créatif, technique, bosser au feeling, on discute avec des communicants, des scientifiques, des consommateurs : dans ce milieu, si tu mets un peu d’imagination, tu ne t’ennuies jamais.”

Résultat de sa dernière ébullition créatrice : insérer des flashcodes sur les contre-étiquettes, qui renverront à des vidéos montrant la parcelle concernée, et expliquant les choix de vinifications. “J’espère que ce n’est pas une FBI (fausse bonne idée), mais en tous cas mon objectif est de rendre le vin moins impersonnel, et que la connexion entre le vigneron et le consommateur puisse perdurer à distance, de chez eux, et que le voyage soit complet en ne se limitant pas seulement au verre”.
Cette nouvelle façon de communiquer sera mise en place pour le millésime 2018.

En attendant de découvrir le Beaujolais depuis votre salon, vous pourrez déguster toute la palette des vins du domaine Chavy lors de Lyon Tasting les 19 et 20 octobre ! Franck Chavy interviendra également dans le cadre du “Café des Lumières” pendant l’événement.

Domaine Franck Chavy
Lachat
69430 Régnié-Durette
06 07 16 18 85
www.domainefranckchavy.fr

Lyon Tasting se déroulera les 19 et 20 octobre au Palais de la Bourse de Lyon.
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