L’architecte star Norman Foster travaille sur la réalisation d’un nouveau chai de vendanges ainsi que d’une prestigieuse vinothèque souterraine, au cœur du mythique Château Margaux. On lui doit notamment le viaduc de Millau et la rénovation du Reichstag de Berlin.

Il fallait au moins une pointure de cet acabit. À l’heure où les plus grands domaines sollicitent les crayons les plus prestigieux, le Château Margaux semble s’être mis au diapason. Après Portzamparc à Cheval-Blanc, Jean Nouvel à La Dominique, l’un des plus célèbres domaines du Médoc met la barre encore un peu plus haut : Margaux a fait appel à Norman Foster, monument de l’architecture, pour imaginer la modernisation de ses installations.

Vinothèque sous l’allée

Voilà deux ans que, dans le plus grand secret, l’architecte du Reichstag de Berlin et du viaduc de Millau travaille à un nouvel aménagement des structures viticoles du château, afin d’améliorer la production du vin blanc notamment, mais aussi d’assurer un meilleur accueil du public. Pour ce chantier, Foster s’est adjoint localement le relais du cabinet bordelais de Guy Troprès. Foster chez Margaux, ce sera d’abord un nouveau chai de vendanges s’appuyant sur les grandes lignes des toitures existantes pour préserver l’harmonie de ces bâtiments classés. On reconnaîtra la griffe de l’architecte sur les poteaux en forme d’arbre soutenant une toiture légère, de métal et de bois dans un volume cherchant plus la discrétion que l’ostentatoir. Car l’éclatant sera souterrain, avec une flamboyante vinothèque aménagée sous l’allée latérale. Les dépendances existantes, “bâtiment des vignerons”, seront restructurées en accueil du public et salle de dégustation. L’objectif commun à ces transformations est de se doter d’un site plus fonctionnel : dans un même lieu seront rassemblés les vinifications et élevages des rouges et blancs. Parking et cour devraient également être repensés. Est-il besoin de préciser que malgré ces près de 500 mètres carrés de constructions nouvelles, aucun pied de la vigne bijou ne sera sacrifié ? En raison des lieux, de leur histoire et de leur statut, ce projet a été placé sous haute surveillance administrative. Parc, château et dépendances sont protégés depuis 1946. L’autorisation de travaux sur monuments historiques a été instruite par le conservateur régional Alain Rieu avec avis de l’architecte des Bâtiments de France Delphine Grail-Dumas.

Silence…

Cette autorisation a été délivrée récemment, mais le dossier doit encore décrocher un permis de construire général, le parc étant site classé et le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) touchant la commune. Sous réserve de l’obtention de cet agrément, les travaux pourraient débuter en janvier prochain. À Margaux, comme dans beaucoup d’autres grands châteaux du Bordelais, on cultive la discrétion… et le silence. Plus encore sur ce projet (et son budget) qui devrait toutefois faire grand bruit dans les mondes du vin et de l’architecture, dont deux sommets se rejoignent aujourd’hui.

Yannick Delneste