Les viticulteurs, qui ont déposé plainte pour prise illégale d’intérêts dans le cadre du dernier classement des grands crus de Saint-Emilion, affirment que certains documents ne sont plus consultables sur le web.

La plainte contre X pour prise illégale d’intérêts déposée par trois viticulteurs de Saint-Émilion, après la publication du nouveau classement des grands crus classés de l’appellation, est toujours à l’étude au parquet de Bordeaux. Évincés du palmarès, Jean-Noël Boidron (Château Corbin-Michotte), Pierre Carle (Château Croque-Michotte) et André Giraud (Château La Tour-du-Pin-Figeac) demeurent résolus à aller jusqu’au bout d’une procédure qui en a surpris plus d’un dans les sphères viticoles.

Trois réunions en cause

À la fin du mois de mai, leur avocat, Me François de Contencin, a sensibilisé le parquet de Bordeaux au risque de déperdition des preuves en lui adressant un constat d’huissier. Établi par Me Didier Fauvel, il démontre que trois documents, jusqu’alors consultables sur Internet ont disparu du site monAOC.com, propriété de l’Institut national des appellations d’origine (INAO).

Il s’agit de résumés des décisions prises lors de trois séances de travail du Comité national des appellations d’origine relatives aux vins et aux boissons alcoolisés. Visés dans la plainte des trois viticulteurs, ces documents démontrent qu’Hubert de Boüard et Philippe Castéja ont participé à ces réunions. À leur ordre du jour figuraient notamment l’approbation du nouveau règlement relatif au classement des premiers grands crus classés, ainsi que l’adoption du rapport de la commission de classement. Selon les plaignants, les deux hommes, membres du Comité national de l’Inao ne pouvaient prendre part à ces délibérations du fait même qu’ils étaient directement concernés.

« Absence d’impartialité »

Ancien président du Conseil des vins de Saint-Émilion et président du groupement des premiers grands crus classés, Hubert de Boüard est l’un des grands gagnants du classement 2012. Château Angélus dont il est copropriétaire a rejoint les premiers grands crus classés A, l’élite des saint-émilions. Les sept domaines qu’il conseille en tant qu’œnologue ont été promus ou maintenus, tout comme le Château Trotte Vieille, propriété du négociant Philippe Castéja, membre lui aussi du comité national de l’Inao.

Nul ne peut préjuger de la durée et de l’issue de la procédure pénale engagée par les trois plaignants. D’ici à quelques mois, le tribunal administratif de Bordeaux apportera sans doute un premier éclairage sur la validité du grief de prise illégale d’intérêts avancé par les plaignants. Sous une autre qualification juridique, « absence d’impartialité », il figure aussi parmi la dizaine de moyens invoqués par les avocats des trois viticulteurs pour obtenir l’annulation du classement.

Dominique Richard (source)