Habitué aux vendanges étalées dans le temps, le Château d’Yquem a dû ramasser en quelques jours ce millésime 2019. Entretien avec Pierre Lurton, dirigeant du seul et unique Premier cru supérieur classé en 1855, détenu dans l’appellation Sauternes par le groupe LVMH.

Comment se sont déroulées les vendanges 2019 au Château d’Yquem ?
Il a fait chaud et sec, même au mois de septembre. Ce qui a permis une très bonne montée de la concentration à cette période-là sur nos terroirs, surtout sur les pentes argileuses. Puis nous avons attendu le botrytis. C’est vrai qu’il n’y a pas eu les brumes matinales que nous souhaitions, mais il est déjà arrivé pour d’autres millésimes d’Yquem que nous vendangions encore plus tardivement.
Nous avons commencé à avoir des premières pluies salutaires, début octobre, avec un temps propice à une première concentration de botrytis sur le sauvignon. Vers le 7 octobre, nous avons commencé à ramasser et nettoyer quelques sauvignons : une première vendange assez fruitée et fraîche, intéressante pour l’assemblage. Le botrytis a continué à s’installer doucement, mais sans les conditions suffisantes de concentration. Il a fallu attendre le 11 octobre : nous avons eu là une chance extraordinaire, il ne fallait pas aller plus loin ! Nous avons bénéficié d’une fenêtre entre le 11, le 12 et le 13 octobre pour vendanger jusqu’à 15h30 dans l’après-midi avant l’arrivée des pluies. Nous avons alors ramassé des sémillons et des sauvignons de grande qualité.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
Nous avons eu, dans des secteurs plus bas et drainants, pas mal de problèmes de drosophiles provoquant de la pourriture aigre. Les équipes ont préféré délaisser ces parcelles très hétérogènes. Et nous avons stratégiquement attendu et privilégié cette fenêtre qui nous a permis de rentrer des jus absolument formidables. Cette année, il y a eu beaucoup de suspens et de stratégie.

Quelles sont vos premières impressions pour le millésime 2019 ?
Le millésime 2019 est plus rassemblé sur un cœur de vendange. J’ai goûté des jus assez merveilleux. Nous n’avons pour l’instant pas commencé les assemblages, mais ce que j’ai vu est déjà très prometteur. On dit souvent qu’Yquem aime les vendanges larges car elles ajoutent à la complexité. Mais la complexité est aussi due au terroir : nous aurons pour ce millésime certainement une complexité portée, justement, par le terroir. Les jus que j’ai goûtés étaient vraiment d’une grande pureté, avec beaucoup de profondeur.

Et concernant le millésime 2017, actuellement livré ?
C’est un magnifique millésime. Sauternes fait de beaux millésimes là où les rouges ne sont pas forcément au rendez-vous. A l’évocation de l’année, les gens ont toujours un a priori mais ils sont surpris. Yquem 2017 est un grand qui a d’ailleurs beaucoup de succès. J’adore 17.

Y, l’autre vin confidentiel du Château Yquem
Fait à partir des mêmes vignes, Y est l’autre « exception » du Château d’Yquem, élaboré avec du sauvignon en majorité et quelques lots de sémillon commençant tout juste à être botrytisés. Le millésime 2019, détaille Pierre Lurton, « est dans les canons de beauté des millésimes 2017 et 2018 avec beaucoup de tension et toujours 6 à 7 g de sucre résiduel qui n’apparaissent pas dans la fraîcheur. » L’effet botrytis, léger, permet une complexité aromatique très « Yquem ». Y reste un vin confidentiel, pas plus de 10 000 bouteilles par année, mais une grande success story commercialement parlant. La rareté fait l’envie.