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Trois expressions de Châteauneuf

Auteur

La
rédaction

Date

21.03.2014

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La dégustation de vins de la vallée du Rhône, qui s’est tenue mercredi soir dans les chais de Millésima à Bordeaux, a permis au grand public de découvrir plusieurs grands noms de Châteauneuf-du-Pape. Et de mettre en lumière les différentes facettes de cette appellation.

Les amateurs bordelais savent de mieux en mieux apprécier les vins des autres régions viticoles françaises – à commencer par les grands vins du Rhône, comme l’a prouvé le succès de la dégustation organisée dans les chais de Millésima, mercredi dernier. Parmi les belles appellations présentes à cette dégustation, Châteauneuf-du-Pape était venue en force, et a fait la démonstration de toute sa diversité. Il y avait les « poids lourds » de la vallée du Rhône comme Chapoutier (« Barbe Rac » 2008), Jaboulet (« Domaine Terre Ferme » 2009), mais aussi les domaines Ferraton, Pierre-Henri Morel, La Mordorée, Grand Tinel, Saint-Paul, La Nerthe, La Vieille Julienne, Xavier, qui faisaient déguster leur gamme de châteauneufs.

L’occasion pour les visiteurs de constater, verre en main, le large éventail de vins que peut produire l’appellation. La preuve avec trois grands domaines : le Vieux Télégraphe, Domaine des Sénéchaux, et le Château de Beaucastel.

Le classicisme du Vieux Télégraphe

Propriété emblématique de la famille Brunier, installée à Bédarrides depuis 1898, le Vieux Télégraphe est incontestablement un châteauneuf « de tradition ». Le vignoble de 65 ha se situe sur le chaud plateau de La Crau et s’articule principalement autour de quatre cépages (en rouge) : grenache, syrah, clairette, mourvèdre. Clairement, nous sommes en face d’un modèle de classicisme, tant dans la conduite de la vigne que dans l’élaboration et le style des vins. Les millésimes 2006, 2008 et 2011 étaient proposés à la dégustation. Si le 2011 est encore bien trop jeune, le 2008 commence à s’assouplir, à déployer des épices séduisantes, longueur et complexité (prix indicatif 54 €). Cette dégustation était aussi l’occasion de faire déguster la cuvée « Télégramme » 2011, issue des jeunes vignes du domaine. Jusqu’ici réservée à l’export, elle est pour la première fois, avec ce millésime, proposée sur le marché français. Une intéressante entrée en matière, sur la souplesse, le fruit, avec une belle matière charnue (prix indicatif 25 €).

La modernité des Sénéchaux

A l’opposé du spectre, le Domaine des Sénéchaux illustre une approche plus « moderne » des vins de Châteauneuf-du-Pape. Propriété de la famille Cazes (Château Lynch-Bages à Pauillac) depuis 2006, le Domaine des Sénéchaux s’étend sur 25 hectares, dont 22 plantés en rouge (surtout des sols de sables pour le grenache et de grès concassés pour la syrah). L’idée est ici de faire des vins « veloutés, sur la délicatesse, la fraîcheur, que l’on puisse aussi boire dans leur jeunesse ». Au domaine, on identifie clairement l’évolution des vins de Châteauneuf « entre deux styles, un peu comme ce qui s’est passé en Espagne, dans la Rioja. D’un côté, des vins « old school », qui répondent à des attentes plus traditionnelles de la part des consommateurs. De l’autre, des vins modernes, généreux, suaves, sur le fruit. Le défi étant de ne pas tomber dans une trop grande exubérance… » Les vins dégustés à Millésima affichent bien le parti-pris du domaine. Le blanc 2012 est très plaisant, il ne tombe pas dans l’excès d’opulence propre à certains blancs de Châteauneuf dans leur jeunesse, décline des arômes de fleurs blanches et de poire. Le rouge 2011, bien qu’encore très jeune (65% grenache, puis parts égales de mourvèdre et syrah), est très gourmand, sur la compote de fraise, avec des notes de poivre blanc et de violette. Le 2009, très solaire, encore tout en puissance, mérite d’être attendu. Le 2006, enfin, commence à afficher son évolution – on va davantage vers les griottes et le cuir. Les vins du Domaine des Sénéchaux se veulent accessibles aussi en termes de prix – on est sur une gamme de 29 à 26 € sur les millésimes dégustés.

L’excellence de Beaucastel

A quelques mètres de là, Charles Perrin faisait déguster les vins du château de Beaucastel. Un autre grand nom de Châteauneuf-du-Pape, que la famille Perrin a hissé au sommet de l’excellence. Beaucastel, c’est un peu le parfait équilibre entre modernité et tradition. Les vins sont connus dans le monde entier, la propriété est conduite en biodynamie, la famille Perrin travaille avec le domaine Tablas Creek en Californie, avec Brad Pitt et Angelina Jolie en Provence… D’un autre côté, ils continuent, pour l’assemblage de leur vin rouge, à intégrer pas moins de treize cépages, une pratique qui tend à se perdre chez les « modernes ». Le 2011 (66 € la bouteille, prix indicatif) se révèle mûr, gourmand, intense. La cuvée « Vieilles Vignes Les Chapouins » 2006, sélection parcellaire (48 €), des grenaches élevés cinq ans en foudre, déploie de la complexité, des notes fumées… La curiosité de cette dégustation, c’est surtout la cuvée « Roussanne Vieilles Vignes » 2012? un blanc 100% roussanne issu de vignes presque centenaires. Élégant, onctueux, riche, complexe, ce super vin blanc de gastronomie a, selon Charles Perrin, une particularité : « la roussanne, ça se boit jusqu’à cinq ans, ou bien après 20 ans. Ces vins ont une période de 10-15 ans où leur couleur change, ils deviennent roux, ils se ferment. Si on les attend plus de 20 ans, ils deviennent sublimes de minéralité et de complexité, à l’aveugle on les confondrait avec un grand meursault. Mais ils sont très bons dans leur jeunesse ». Avis aux amateurs. Prix indicatif : 107 €.

Mathieu Doumenge

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