L’œnologue Jean Natoli compte quarante campagnes de vinification à son actif avec ce millésime 2019. Son Laboratoire Natoli et Associés a suivi au jour le jour, sur tout le Languedoc, ce millésime compliqué, déconcertant par moments, exigeant beaucoup de suivi et de réactivité. Lui et sa quinzaine d’œnologues associés suivent quelques 300 propriétés dans l’Hérault et le Gard, en vallée du Rhône et en Corse. Passage en revue.

Et cette année ne ressemble à aucune autre pour lui : “nous sommes sur des montagnes russes ! C’est un millésime qui est difficile à comprendre, et il faut le projeter en pensant aux acheteurs, qui veulent des millésimes ‘lissés’. Ce fut compliqué de prendre les bons choix, il fallait souvent arpenter les vignes, car les données pouvaient changer d’un jour à l’autre. Il faut intervenir sur les cépages, faire des choix de parcelles, pour les affecter aux cuvées. Ce qui est particulier à ce millésime est l’hétérogénéité entre les cépages et parfois même à l’intérieur des parcelles. Il y aussi une hétérogénéité dans les dates de vendanges sur un même secteur”.

Plus précoce et plus chaotique

Changement donc dans les dates comme dans les maturités : “chaque année, les vendanges commencent plus tôt. La véraison avait 15 à 17 jours de retard, et laissait présager des vendanges plus tardives. Après la canicule, les vignes échaudées se sont plutôt bien comportées jusqu’à la deuxième quinzaine d’août. La vendange des muscats a débuté avant le 15 août pour la fraicheur, les choses sérieuses ont commencé après le 20 août. Puis fin août, tout s’est accéléré, deux phénomènes se sont superposés, la maturation et la concentration. Sur le merlot, premier cépage ramassé, on pouvait trouver des 14-15°, pour certains grains encore verts, d’autres au même degré avec une parfaite maturité, une configuration où la dégustation s’avère particulièrement importante. On a trouvé les mêmes comportements sur les blancs en roussanne, marsanne. On a attendu un peu pour le sauvignon, on a du beau chardonnay. II fallait être à l’écoute au moment de vendanger, comme il faut l’être au moment du débourbage. Sur les bancs et les rosés, rentrés, l’opération de pré-fermentation est importante”.

Moins, pas forcement mieux

La baisse de quantité semble se confirmer : “nous attendions une belle récolte avant la canicule, mais la quantité sera de 20 à 30% inférieure à l’an passé, avec de petits rendements et de petits grains. Contrairement aux idées reçues, produire moins n’est pas forcement produire mieux. Nous ne sommes plus dans la mode des vins concentrés des années 2000, aujourd’hui, on cherche un vin digeste et de plaisir, des cuvées à boire tôt”.

Déguster plus que jamais !

Comme depuis le début des vendanges, cette fin de campagne reste à surveiller de très près : “on a déjà ramassé beaucoup de choses. La petite pluie de la semaine dernière (10 mm) a été bénéfique et améliorera un peu le rendement en jus : l’état sanitaire est bon et on peut attendre encore un peu pour des bonnes maturités. Pour les rouges, il reste encore de nombreux choix techniques à faire suivant le style du domaine. Mais pour cette année le mot d’ordre c’est vraiment goûter beaucoup”.