Cette semaine, une communication conjointe des deux ministères en charge du tourisme, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et le ministère de l’Économie et des Finances ainsi que l’opérateur Atout France et le Conseil Supérieur de l’Œnotourisme est venue clarifier le cadre des “vendanges touristiques” en France pour les mettre en conformité avec le droit du travail. Explications avec Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

Monsieur le Secrétaire d’Etat, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce travail collectif autour des “vendanges touristiques” en France ?
Les vignerons, que j’ai rencontrés lors des premières Assises organisées sur l’Œnotourisme, en novembre 2018, sous l’égide d’Hervé Novelli, m’avaient dit avoir besoin d’une définition claire du cadre dans lequel ils peuvent permettre à un touriste de participer à la vendange, afin de ne pas courir un risque en matière de droit du travail.
Je suis très favorable au développement des vendanges touristiques et j’ai entendu l’appel des professionnels. Ce que l’on appelle le « tourisme d’expérience » doit être encouragé : il s’agit de faire découvrir un métier, un savoir-faire aux touristes d’une manière bien singulière. Il ne s’agit en aucun cas de tirer profit de leur travail, et cette démarche proprement œnotouristique n’a pour but que d’ouvrir les coulisses de la production aux passionnés comme aux néophytes.
C’est pourquoi nous avons souhaité lancer une communication claire pour les accompagner dans cette pratique émergente, pour lequel un cadre légal existe bel et bien. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a engagé, avec d’autres ministères, la Mutualité sociale agricole et Atout France, un travail d’explication et de clarification de ce cadre juridique pour donner une définition précise du concept des vendanges touristiques, et en rappeler les conditions.

Cette mesure, annoncée lors des Assises de l’œnotourisme, constitue une première en mettant d’accord plusieurs ministères et acteurs du tourisme en France. Comment êtes-vous parvenu à ce consensus ?
Ce travail de clarification a été mené de concert avec tous les acteurs concernés : le ministère l’Economie et des Finances, le ministère du Travail, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, mais aussi la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole ainsi que l’opérateur Atout France. Nous avons également travaillé en étroite collaboration avec le syndicat des Vignerons Indépendants de France qui s’est fait le relai du contexte et des enjeux de cette initiative pour les professionnels ainsi que de leurs inquiétudes. La prise en compte de l’expérience du terrain était, à mes yeux, primordiale afin que cette communication réponde au mieux aux attentes et aux interrogations des vignerons. Je remercie le Conseil supérieur de l’œnotourisme d’avoir signalé cette priorité pour le développement de l’œnotourisme en France. Nous avons eu en la matière des atouts mais nos voisins ne sont pas reste, il nous faut donc être perpétuellement à l’offensive.

En quoi cette pratique des vendanges touristiques dans certaines propriétés viticoles pouvait-elle entrer en contradiction avec le droit du travail, et que fallait-il clarifier ?
Sans définition claire, la pratique des vendanges touristiques peut mener à diverses interprétations. Surtout, la méconnaissance du cadre précis de cette pratique peut conduire à de mauvaises pratiques qui ne rentreraient alors plus dans le cadre d’une activité de découverte touristique, mais risqueraient d’être requalifiées en activité de travail.

Y a-t-il des précédents de vignerons inquiétés ou poursuivis pour de telles pratiques de « vendanges œnotouristiques » ?
Il n’y a pas eu à ma connaissance de tels précédents cependant les vignerons ainsi que leurs organisations professionnelles ont pu me faire part à plusieurs reprises de leur besoin de précisions et d’orientations. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et ses partenaires ont donc pris les devants avec la publication de cette fiche informative qui rappelle les bonnes pratiques.

A votre connaissance, d’autres pays européens ou extra-européens ont-ils déjà eu de telle initiatives en faveur de cette pratique émergente ?

La France se positionne comme le pays leader dans le développement de l’offre œnotouristique et le secteur jouit d’une très belle dynamique. Chaque année, les domaines viti et vinicoles français accueillent 10 millions de visiteurs avec une croissance de près de 4 % par an. Il est donc naturel qu’elle soit également à la pointe des réflexions pour accompagner les acteurs du secteur dans le développement et la diversification de leur offre.

Selon vous, l’œnotourisme français va-t-il bénéficier de cette clarification, et quels sont les autres leviers de progrès possibles pour cette filière stratégique ?
Je suis convaincu que cette mesure va permettre de lever des freins au développement de l’œnotourisme mais également d’impulser une nouvelle dynamique en permettant aux vignerons de proposer des expériences touristiques originales, immersives qui sont d’ailleurs pleinement en phase avec les nouvelles tendances dans les exigences des touristes. La filière de l’œnotourisme est appelée à un fort développement dans les années à venir. C’est une filière ancrée dans les territoires qui permet d’offrir de nouvelles possibilités de découvertes de leur patrimoine. Cette action témoigne de l’attention que nous portons à ce secteur qui ne cesse d’innover en termes d’expérience touristique, nous souhaitons aussi donc qu’elle soit perçue comme un message d’encouragement et de soutien que le Gouvernement adresse à l’ensemble de la profession.
D’autres leviers de promotion et de structuration sont en cours de réflexion. Nous poursuivons donc notre action. Tout un travail de promotion a déjà été opéré au sein du cluster Œnotourisme porté par notre opérateur Atout France, en lien avec le Conseil Supérieur de l’Oenotourisme. Je pense notamment au salon « Destination Vignobles » qui est devenu le rendez-vous annuel des professionnels de l’œnotourisme et des tour-opérateurs du monde entier, ou encore au portail VisitFrenchWine.fr, dédié à la promotion de nos offres auprès des touristes étrangers. Comme vous le dites, cette filière est stratégique et nous travaillons aux côtés des professionnels pour la faire grandir./.