Né du rapprochement en 2015 de trois caves, ce nouvel acteur majeur de la viticulture bourguignonne démontre tout le potentiel qualitatif de structures coopératives bien menées.

Dans une région où la petite taille des domaines est monnaie courante et les volumes limités la norme, les Vignerons associés des monts de Bourgogne, avec leur production annuelle de 18 millions de bouteilles feraient presque figure d’ovni. Pour autant, cette donnée brute nécessite quelques explications. Loin d’être une usine à faire du vin, cette entité regroupe depuis mai 2015 trois caves coopératives de qualité, et non des moindres, couvrant l’ensemble de la Bourgogne. Tête de proue de cet ensemble, la Chablisienne représente la partie septentrionale de la plus belle des manières. Son développement est désormais associé à celui de la Cave des Hautes-Cotes, implantée en Côte d’or, ainsi qu’à la Cave des Terres secrètes dont l’ADN mâconnais était la touche méridionale dans la corbeille de la mariée. Un mariage de raison puisqu’il va permettre une mutualisation des moyens mais également des techniques. Avec toujours une seule et même idée rappelée par Michel Barraud, président des Vignerons Associés : “produire des vins haute couture et en faire des luxes accessibles”. Une vision plus que louable qui devrait permettre de redorer l’image encore trop souvent écornée de la coopération viticole qui, lorsqu’elle est bien menée, peut faire jeu égal avec des domaines de belle facture.

Des appellations et des hommes

Les vignerons associés regroupent environ 800 viticulteurs, sur 2600 hectares de vigne, dont 300 sont des coopérateurs associés qui vivent totalement de ce partenariat. Au quotidien, ils sont épaulés par les techniciens de la coopérative qui les accompagnent pour améliorer sans cesse la qualité des raisins produits. La Chablisienne couvre à elle seule 25% du vignoble de Chablis et dispose de raisins provenant de la majorité des crus, du petit Chablis jusqu’aux grands crus dont le célébrissime château Grenouilles. Parmi les millésimes récents, le 2012 a permis la réalisation de grands vins, tel le Chablis premier cru Vaulorent 2012 d’une impressionnante densité ou bien encore le premier cru Côte de Léchet à la minéralité ciselée. Et quel potentiel de garde ! Ces bouteilles traversent le temps avec élégance et sont source de grandes émotions viniques, 10, 15 voire 20 ans après leur sortie. Nuiton-Beaunoy, la marque de la cave des Haute-Côtes, n’est pas en reste et présente une large palette de cuvées couvrant une grande partie de la Côte d’or. Du Bourgogne régional au grand cru, le niveau qualitatif est intéressant et en constante progression. Le Morey-Saint-Denis 2013 exprime bien le côté floral et épicé de son terroir, le Clos de la Roche 2009 joue lui la puissance avec des tanins qui pourraient être un peu plus soyeux en finale. Les Terres secrètes, quant à elle, sont un aréopage des crus ensoleillés du sud de la Bourgogne. Macon-Verzé, Pouilly-Fuissé, Saint-Véran sont tous de très belle facture, alliant une belle puissance à des matières délicates, notamment sur les 2013. De quoi se faire plaisir et redécouvrir l’intérêt que peuvent avoir aujourd’hui les belles coopératives françaises.