Qu’il semble loin le temps du Bordeaux Bashing, cet acharnement contre ce vignoble qui était accusé de tous les maux. L’heure est à la redécouverte de ce vignoble et de ses pépites…

Comme souvent, nos amis américains sont des faiseurs de tendance. Et quand on parle de Bordeaux, certains noms reviennent immédiatement en tête, Robert Parker en premier lieu. Ce faiseur de rois n’est plus dans la lumière, les nombreux excès connus dans le vignoble lors de ces années folles semblent vraiment derrière nous. Et après quelques années d’oubli ou d’ignorance par beaucoup, de jeunes sommeliers redécouvrent la magie de ce vignoble qui peut se targuer d’un niveau qualitatif élevé. Au commencement, ce furent les sommeliers de New- York qui ont réinvesti le créneau, proposant du bordeaux à des clients qui l’avaient presque oublié. Débarrassés d’une image de vins « bêtes à concours », boisés parfois à l’extrême, la magie a opéré. Et c’est aujourd’hui au tour de la France de se réapproprier ces vins et de s’enthousiasmer de nouveau pour des vignerons qui font des choses différentes, très bonnes, avec des rapports qualité-prix excellents.

Pépites viniques et gastronomiques

Le symbole de cette renaissance est sans nul doute la nouvelle scène gastronomique bordelaise qui met fièrement en avant tous ces châteaux qui produisent de très bons vins et s’accommodent parfaitement des fulgurances créatrices de ces chefs décomplexés. Parmi eux, Tanguy Laviale de Garopapilles, Tim Rémi de The Meat Pack et Jérôme Billot de Madame Pang. Tous croient en la magie des vins bordelais d’aujourd’hui et ils en défendent les couleurs. Lors d’un récent événement organisé par le CIVB et le Fooding à Paris, il leur a été demandé d’imaginer des plats mettant en valeur certains de leurs vins coup de cœur. L’excellente tenue de leurs assiettes créatives et pleines de saveurs a ainsi mis en avant le blanc du Château Grand Renouil (12 €), un vin très équilibré, fruité et floral, dense mais frais. Le château Peybonhomme-les-Tours a lui aussi brillé avec sa cuvée “Blanc bonhomme” assemblage de sémillon (50%) et sauvignon (50%). Un vin produit par Rachel Hubert et son frère, deux trentenaires qui épaulent leurs parents et offrent une vision nouvelle des vins de Blaye qui sont ici en biodynamie depuis 20 ans. Un liquoreux, le château Biac, était lui aussi de la fête, associé à une entrée. Un vin parfaitement dans l’ère du temps, à la sucrosité tout en délicatesse et aux arômes d’écorces de pamplemousse enchanteurs. Enfin côté rouge, comment ne pas succomber au château Vieux Taillefer 2014, un vin de Saint-Emilion issu de vieilles vignes de merlot (90 ans) et vinifié intégralement en barriques donnant un vin avec beaucoup de chair et de profondeur ou à « Landot », cuvée parcellaire du Château Caronne Sainte Gemme, un Haut-Médoc voisin de Saint-Julien, racé et élégant. En somme, quelques-unes des pépites dont regorge Bordeaux. Mais chut, ne l’ébruitez pas trop, ça risquerait de se savoir…