Parce qu’un été sans champagne rosé, c’est bien sûr un été, mais “pas pareil”, voici nos derniers coups de cœur. Une sélection pour tous les goûts. Bel été !

Henriot Rosé 2012
Chicissime et rare rosé millésimé de la maison rémoise Henriot. Elle n’avait pas sorti une telle référence depuis 2008. Et pour cause : zéro compromis, le chef de caves Laurent Fresnet a les pleins pouvoirs pour décider si oui ou non, l’année peut être millésimée. Or en 2012, malgré une année climatologique cahotique, l’homme de l’art repère immédiatement « qu’on pointait du doigt un incroyable millésime ». Ce Rosé 2012 prodige est créé. Après 6 ans d’élevage, le voici enfin mis en lumière, paré pour l’occasion d’un nouvel habillage.
Étonnante couleur soutenue qui évoque la grenade-fruit. Le nez est superbe de finesse concentrée – pivoine, fraise des bois, pistil-safran. La bouche exprime la gourmandise de pinots noirs à belle maturité mais sans vinosité : confiture de myrtille et de framboise, zestes d’agrumes avant de revenir sur les notes incisives de la fraise des bois. Ce vin à la fraîcheur enveloppante n’est pourtant pas un fluet. Il étonne par sa densité aromatique et sa persistance qui lui permettront de dialoguer avec la cuisine provençale : poissons de roche au safran, tartelette d’aubergine fumée, tian de poivrons rouges, etc. Prix conseillé : 77,50 €.

Bruno Paillard Rosé Première Cuvée
Des anges ornent sa bouteille et c’est un signe. Le rosé Première Cuvée de la maison Bruno Paillard se veut aérien et angélique. Pourtant, son principal cépage le pinot noir et les terroirs dont il est issu auraient pu lui donner des épaules plus larges. Mais c’était sans compter un mode opératoire tenu un peu secret : des jus issus de la première presse exclusivement ; une part « significative » de certains chardonnays « du nord de la côte des blancs » pour leur fraîcheur ; enfin un vin rouge obtenu par macération de pinots noirs (villages de Verzenay, Bouzy, Mailly et Les Riceys) mais sans plus de détails. Vouloir en savoir plus revient à s’interroger sur le sexe des anges, mais le résultat est là : le Rosé Première cuvée est fidèle à la devise de la maison « Pureté, minéralité, élégance & complexité ».
La robe est or cuivré. Au nez, l’atavisme pinot noir s’exprime violette et jasmin avant de se resserrer de plus en plus pointu sur des petits fruits rouges acidulés de type groseille ou cerisette et poivre Timut pour ses fines notes d’agrumes. La bouche est fraîche, tendue (pamplemousse rose), élargie en finale d’un crémeux-crayeux. Grande délicatesse. Sur un tataki de bœuf mariné et éclats de pistache ou un brik d’écrevisse en ciboulette et citron-caviar. Prix conseillé : 49 €.

Drappier rosé de saignée
On ne présente plus la maison Drappier ! Avec aujourd’hui la 3e (et 4e) génération arrivée aux commandes, cette maison familiale voit l’avenir avec sérénité. Un avenir construit autour des terroirs de la côte des Bar, tout au sud de la Champagne, et du cépage majeur pinot noir. Outre l’attachement terrien (54 ha en propre), les Drappier ont la culture des idées engagées (16 ha en bio, certification carbone zéro) et surtout l’esprit de l’expérimentation, de la recherche, de l’observation : réflexion sur les liqueurs, travail sur les sulfites, sur le dosage…
Pour ce rosé, Drappier a choisi la technique exigeante de la macération, qui nécessite une maîtrise parfaite de la matière première et du temps de contact des baies. Nulle surprise à ce que la robe soit d’une teinte framboise aux reflets fauves. Le nez est puissant et très original sur la confiture de cerise et de fraise. Bouche de mousse de fruits rouges – bavarois en cohérence avec le nez, « amandée » sur la finale de noyau de cerise. Joli charnu, impression pâtissière, qui conduisent à conseiller ce champagne rosé sur un dessert de fruits rouges en pâte sablée. Prix conseillé : 37,- €

Bernard Figuet Rosé
Nous n’avions pas encore proposé dans cette sélection un champagne de vigneron, le voici ! Le champagne Bernard Figuet est une jolie exploitation familiale créée en 1910, qui a commencé à élaborer son propre champagne après la 2e Guerre Mondiale. Aujourd’hui 14 ha autour du village de Saulchery sur la rive droite de la Marne. Depuis 1990, Eric (petit-fils des fondateurs), œnologue, rejoint par son épouse Isabelle, produisent une gamme très diversifiée de champagnes.
Leur rosé pâle et délicat nous a interpelés. Voici le pendant des rosés de Provence pour la Champagne. Le secret ? Seuls 6 à 8 % de vin rouge sont utilisés dans l’assemblage de ce rosé… mais pas n’importe quel rouge ! Il est issu de la plus ancienne parcelle du domaine dénommée « le faux rû », plantée en 1918 ! Ce rosé pâle saumonée (le rendu photo est malheureusement un peu trop orangée) évoque les fruits à noyau, la rose fraîche, le melon, avant de prendre son envol sur des notes de menthe poivrée, de groseille. La bouche est salivante et charnue, là aussi en légèreté, avec une mousse crémeuse et souple ; aucune agressivité dans ce vin délicat. Champagne d’apéritif, il appelle une brochette de melon, du fromage frais fouetté au piment d’espelette, ou un granité d’agrumes. Prix conseillé (tout doux) : 17 €.

Beaumont des Crayères Cuvée Expression Rosé (Édition limitée)
C’est l’été, il fallait un rosé « girly », mais nous l’avons choisi avec du fond. Pour ce faire, direction Beaumont des Crayères, coopérative à taille humaine du village de Mardeuil, cru réputé pour la qualité de son meunier. Ce cépage représente 60 % des approvisionnements, complété de pinot noir et de chardonnay. Depuis 2012, Beaumont des Crayères s’est doté d’installations de pressurage ultra-modernes, qui lui permettent d’assurer un traitement optimal du raisin cueilli à la main, et de gagner encore plus en finesse et en sélection (séparation du « cœur de cuvée » ). Olivier Piazza (directeur) et Fabrice David (responsable de production), tous deux œnologues, travaillent sur un style gourmand et dans le même temps de plus en plus précis, une gamme large de 11 champagnes.
Ce rosé en édition limitée est présenté dans une bouteille « sleevée » résolument Pop, avec une explosion de tons roses, et des noms « taggés » qui reprennent les caractéristiques de ce rosé (bubbles, cerise, meunier, champagne, etc.). La robe est rose aux nuances corail, le nez clairement grenadine, gelée de raisin, bâton de cannelle zesté d’orange en finale. En bouche, cette tonalité plus fine et tendue se développe – moins bonbon, plus zesté – avec presque des tons orangette en finale. Bien sûr, il conviendra parfaitement à l’apéritif et aux moments festifs de la saison chaude. Mais s’il vous reste quelques bouteilles, ressortez-les dans un été indien sur un canard à l’orange et sa purée de carottes. Prix conseillé : 33 €.

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