On peut penser qu’un coup de cœur chez Cos d’Estournel, c’est un peu facile. On pensera ce que l’on voudra, dans ma tournée médocaine de ce début de semaine, ce fut un éblouissement. D’abord avec La Goulée 2015. Encore plus au nord que le village Port de Goulée, très près le l’océan, face à une Gironde de 14 km de large, les vieilles vignes de merlot ancrées sur des butes graveleuses, murissent sans jamais cuire, la météo de ce millésime est une aubaine. La cuvée porte trop bien son nom, ultra gourmande, ronde, fruitée à souhait, d’une fluidité de rêve. Dominique Arangoits, Directeur Technique, suit ce domaine depuis son acquisition en 2003 « c’est un terroir très attachant, les vins sont toujours parfumés ».

Vient ensuite le Cos blanc, 75% de sauvignon et 25 de sémillon. C’est le vignoble de blanc le plus au nord de Bordeaux, et cela se croque ! Très homogène au moment de la vendange, le sauvignon n’a demandé que deux passages, les 14 et 18 septembre, pour exprimer sans explosion de beaux aromes de buis , de fenouil, de lime. Son complice sémillon apportant sa touche de pêche blanche pour composer un jus élégant, subtil, rafraîchissant et long en bouche. Avec seulement 15% de bois neuf, c’est d’abord le printemps qui parle dans ce flacon d’une séduction rare.

« En étant très strict pour le Cos, on améliore Les Pagodes » témoigne encore monsieur Arangoits, et la démonstration suit avec un nez haute couture, sur la rose rouge et la pivoine, un toucher de bouche de pur velours, des tanins caressants, un équilibre gourmand entre fruit, rondeur et densité (l’assemblage réunit presque à égalité merlot et cabernet sauvignon, plus une touche de cabernet franc et petit verdot). Magique.

Vient enfin le grand Cos d’Estournel 2015, noté 19/20, ce que je ne fais jamais. Pourquoi cette note ? Pour tout ! « A Bordeaux c’est le sol qui fait le vin, il y en en 19 différents pour le Cos, en 61 parcelles, pour lesquelles le chai dispose de 72 cuves, l’assemblage est fait dès décembre, et dès la vendange on sait quelles parcelles parmi les vieilles vignes feront le Cos. L’intégration précoce permet à l’assemblage de faire face a l’élevage » souligne Aymeric de Gironde, Directeur Général. L’évidence de la dégustation fait le reste, nez d’une grande profondeur, frais, sans excès de bois, mais des fruits noirs, prune fraiche, cassis. Dès l’attaque l’ampleur s’affirme vite suivie par une signature minérale qui ne quitte plus le vin jusque dans sa finale rehaussée d’un éclat de poivre blanc. On le sent paré pour une très longue route et en même temps, là, tout de suite, il donne un plaisir généreux, une étoffe de la plus belle facture, un déroulé gourmand et capiteux. Renversant.