Ce deuxième cru classé de Margaux a connu une belle embellie lorsque Colony Capital le reprend en 2001 et fait appel à Dominique Befve pour le diriger. Ayant « carte blanche pour redresser le cru », celui-ci choisit de quitter le groupe Rothschild pour rejoindre Lascombes. Défi relevé avec succès. Mais en 2011, la MACSF en devient propriétaire : comment l’équipe maintenue en place allait-elle continuer à faire briller Lascombes ?

Dès son arrivée à la direction de la propriété en 2001, Dominique Befve imprime son dynamisme. Il impose de nouvelles décisions techniques, choisissant par exemple de mettre en pratique la macération pré-fermentaire à froid. Il s’agit de retarder le départ en fermentation, en maintenant la vendange sous une neige d’azote. On extrait ainsi, en douceur, les précieux composés contenus dans les pellicules du raisin. Les vins de Lascombes gagnent alors en complexité aromatique.

Dans le même temps une étude pédologique des sols et sous-sols est effectuée, permettant de mieux définir les parcelles et les cépages qui leur seront les mieux adaptés. On remplacera 12 ha de cabernet en merlot, faisant de Lascombes un « margaux atypique avec une majorité de merlot « .

Enfin, Dominique Befve veut pratiquer l’élevage sur lies. Le chai à barriques s’équipe donc de tins oxo-lines qui permet aux barriques portées sur des galets d’être tournées sur elles-mêmes. Cet élevage sur lies « demande une surveillance plus importante » et donc « davantage de moyens humains et d’analyse fréquentes ». Mais qu’importe puisque le vin gagnera en complexité, en rondeur et améliorera sa garde.

Le château, quant à lui, s’est préparé pour mieux accueillir ses visiteurs professionnels. Une salle de dégustation a été notamment aménagée, agrémentée d’une table ronde en verre qui laisse entrevoir au sol une rose des vents, symbole de la capacité de Lascombes à exporter 70 à 80% de ses vins.

Enfin, en 2007, Lascombes prend en fermage les 25 ha du château Martinens voisin, cru bourgeois de Margaux, faisant passer la surface du vignoble à 120 ha – l’un des plus grands des crus classés. ‘Petit à petit, on rachète quelques parcelles dans le respect du propriétaire », précise Dominique qui ajoute que « l’intégration de celles-ci au grand vin ne doit pas se faire au détriment de la qualité ».

Un changement dans la continuité.

En 2011, malgré les succès obtenus, Colony Capital se dessaisit de Lascombes au profit de la MACSF (Mutuelle d’assurance des professionnels de la santé). Avec intelligence, le nouveau propriétaire reconduit l’effectif en place : pourquoi changer une équipe qui gagne ? « Pas de bouleversement ». Et la MACSF d’accorder sa confiance à Dominique Befve… qui fait des propositions. Car bien qu’il ait permis à Lascombes de briller de nouveau, l’homme ne manque toujours pas d’idées.

Si le château a fait l’objet d’une rénovation, il ne présente pas tous les atouts pour accueillir dans les meilleures conditions un public toujours plus nombreux. On rénovera donc la chartreuse du 18ème, bien située sur le site. Cette rénovation est achevée en 2017 et « 8000 visiteurs ont été accueillis depuis, en 2018 ». Une boutique, des espaces de dégustation et des salles de réception ont été aménagés en même temps que deux personnels d’accueil et de guidage supplémentaires ont été recrutés.

L’intégration progressive du château Martinens conduit à agrandir le chai actuel afin de « doubler les surfaces et de n’avoir plus qu’un seul lieu de vinification », nous indique Dominique Befve. Il n’y aura plus qu’un seul site de vinification.

Dans la veine des expérimentations conduites à Lascombes, 4 foudres supplémentaires d’une contenance de 80 hl chacun ont été récemment achetés. L’objectif est d’élever une proportion du deuxième vin Chevalier de Lascombes spis bois neuf. Ces foudres ayant un rapport surface d’échange/volume de vin plus faible qu’une barrique sont « adaptés à la capacité de ce vin à intégrer le boisé ».

Un 2018 très prometteur

La dégustation des 3 échantillons du millésime 2018 en monocépages montre une belle complémentarité, chacun ayant une personnalité bien affirmée, très caractérisée. Le merlot est déjà gourmand et charmeur. Une belle rondeur et des tanins soyeux. Une prise de bois délicatement aromatisée « Il évoque Pomerol », dira l’un des dégustateurs présents. Le cabernet sauvignon est encore fermé, il offre une bouche dense et une trame tannique serrée. Structurant, encore dans une phase austère bien évidemment mais il évoluera bien. Et enfin, un étonnant petit verdot au nez complexe, très aromatique (épices, cacao). Bien qu’il ait une charge tannique typique, il enveloppe bien : une belle réussite. Les assemblages s’annoncent plein de promesses. Dégustation en Primeurs dans quelques semaines…

Ce 2018 confirme la très belle compétence de l’équipe conduite par Dominique Befve et l’excellente forme de Lascombes à son zénith. En 2011, le directeur de la propriété avait-il tout dit ? Non, assurément pas : l’homme est plein de ressources, et la MACSF ne s’y est pas trompée. Pari réussi.