de gauche à droite : Philippe Vergnes, président de la chambre d'Agriculture de l'Aude ; Patrick de Marien, président de la cave d'Embres et Castelmaure ; Antoine Robert, nouveau directeur de la cave ; Bernard Pueyo, ancien directeur de la cave ; Jean-Michel Boursiquot, spécialiste international de l'ampélographie à Montpellier SupAgro ; Didier Viguier, directeur des ateliers bois et plants de vignes de la Chambre d'Agriculture de l'Aude à Palaja
de gauche à droite : Philippe Vergnes, président de la chambre d'Agriculture de l'Aude ; Patrick de Marien, président de la cave d'Embres et Castelmaure ; Antoine Robert, nouveau directeur de la cave ; Bernard Pueyo, ancien directeur de la cave ; Jean-Michel Boursiquot, spécialiste international de l'ampélographie à Montpellier SupAgro ; Didier Viguier, directeur des ateliers bois et plants de vignes de la Chambre d'Agriculture de l'Aude à Palaja

Depuis quarante ans (au bas mot), la cave des Vignerons d’Embres et Castelmaure fait partie des meneurs de la révolution qualitative du Languedoc viticole. Les vignerons ont inauguré vendredi 12 juillet un conservatoire de cépages anciens, fruit de huit ans de travail.

« Ce temple du temps est un hommage au passé tourné vers l’avenir », a résumé le président Patrick de Marien, au moment d’inaugurer ce conservatoire de cépages anciens, sous le chaud soleil des Corbières. Il est à l’image de cette cave coopérative – et des vieux ceps de carignan qui sont sa signature – solidement enracinée, pour mieux tutoyer les étoiles.

Tout ce qui aujourd’hui fait la force de la cave d’Embres et Castelmaure était un obstacle en 1976. Ce vignoble ancien, taillé à la main dans un relief dur, morcelé et composé à 90 % de vieilles vignes de Carignan en gobelet, dans la pure tradition des Corbières était parfaitement inadapté aux tendances émergentes alors : mécanisation et assemblage avec des cépages dits améliorateurs, dans la perspective du passage en AOC.

Plutôt que de chercher absolument à coller à ces tendances qui ressemblaient si peu au vignoble embrémaurais, le président de la cave, Adrien Peyre, son directeur, Jean-Pierre Iral et l’œnologue Marc Dubernet, ont réinventé la macération carbonique pour le Carignan, qui impose des vendanges manuelles pour rentrer les grappes entières. La macération carbonique en grappes entières a permis aux vins de carignan d’Embres et Castelmaure de gagner en brillance aromatique autant qu’en profondeur de couleur et sans extraire de tannins agressifs. La vendange manuelle est devenue la clé de la montée en qualité des cuvées de la cave, dont les adhérents ont ainsi échappé à la généralisation des arrachages pour replanter avec des cépages issus de sélections clonales et propre à la mécanisation de la vendange.

Temple du temps et du carignan

Pour rendre hommage à ce passé tourné vers le futur, l’actuel président de la cave, Patrick de Marien, son directeur d’alors, Bernard Pueyo – et son successeur Antoine Robert – ont travaillé avec les adhérents, mais aussi avec l’INRA, SupAgro, la Chambre d’Agriculture de l’Aude (et notamment Didier Viguier au centre bois et plants de vigne de Palaja) pour repérer dans les 850 parcelles de la cave 1100 souches dont 580 ont été testées aux viroses pour finalement greffer et replanter 79 cépages dans le conservatoire.

Parmi ces 79 cépages, on compte près de 30 variétés de Carignans (baobab, laineux, à queue rouge…) Si le carignan domine toujours l’encépagement de la cave, les vieilles parcelles ont aussi révélé des complantations avec des cépages venus d’ailleurs et de mutations inattendues. Le conservatoire contient ainsi deux cépages noirs inconnu (dont un Carignan absent de toutes les bases de données), des cépages marocains et algériens et des variétés mutantes comme un Riverenc noir sur un bras et blanc sur l’autre.

Le conservatoire d’Embres et Castelmaure fait partie du réseau des 180 conservatoires de cépages recensés par l’Institut Français de la Vigne et du Vin et compte affirmer sa spécialité carignan. En effet, l’hiver prochain, la collection existante s’enrichira de 120 clones de carignan issus du conservatoire de Pech Rouge.