(photos Isabelle Bachelard)
(photos Isabelle Bachelard)

Les Alsaciens terminent les vendanges parmi les plus longues de leur histoire. Entre 6 et 9 semaines de beau temps, donc pratiquement sans botrytis. Les vendanges tardives et sélections de grains nobles seront très rares. Mais sûrement excellentes.

A Riquewihr, la famille Hugel n’en revient pas : « 2016 est le premier millésime depuis plus d’une décennie où nous ne produirons aucune Vendange Tardive ni de Sélection de grains nobles » déclare Marc Hugel. Il explique qu’« en raison du millésime tardif et de de la santé optimale des raisins, très peu de botrytis s’est développé ». Plus au sud de l’Alsace, au domaine Dirler-Cadé à Bergholtz, on a aussi choisi de ne pas attendre au delà du 3 novembre pour une hypothétique minuscule cuvée de gewurztraminer dans le grand cru Kitterlé, car la récolte n’est déjà pas très généreuse, à peine plus que les 35 hl/ha de 2015.

Chez Zind-Humbrecht à Turckheim, un seul terroir s’est prêté aux VT : le clos Winsbuhl situé en altitude à Hunawihr, une zone pourtant habituellement tardive, a peu être triée pour faire – très peu – de VT et de SGN. A peine plus au nord sur la route du vins, à Wettolsheim, au domaine Albert Mann, on avait bon espoir au premiers jours de novembre. Deux cuvées, un pinot gris et un gewurztraminer ont été ramassées au niveau d’une VT. On a attendu encore un peu pour un riesling ramassé le 17 novembre. Mais au soir de cette récolte, Jackie Barthelmé, le vinificateur, pense finalement que les vins ne sont pas au niveau de ses exigences habituelles. Les représentants de l’AVA, Association des viticulteurs d’Alsace, chargés de vérifié la conformité des cuvées avec l’appellation VT ou SGN se seront-ils déplacés pour rien ?

VT et SGN : une vendange contrôlée à la vigne et au pressoir

Pour faire une vendange tardive, les vignerons sont astreints à des règles strictes, 14, 4 degrés d’alcool potentiel (243 g/l de sucre) pour le gewurztraminer et le pinot gris, 13, 1 degré pour le muscat et le riesling. Et ces chiffres doivent être vérifiés par un agent de l’INAO qui se déplace à la vigne et le lendemain au pressoir. Au 4 novembre Frédéric Bach, le directeur de l’AVA, Association de vignerons d’Alsace, comptait les contrôles effectués sur les doigts d’une main alors que l’an dernier, tout était déjà terminé à cette date. Il reste encore des raisins sur pieds qui patientent, mais on sera loin de la récolte record de VT en 2007, qui atteignait 55 000 hl.

Parfois, les vendanges tardives jouent avec les mots, elles se déroulent bien avant la fin des vendanges. C’est le cas au domaine Muré de Rouffach. « Il y a eu du beau botrytis en octobre, au milieu des vendanges, ce qu’on ramasse maintenant n’est pas au même niveau » déclare Thomas Muré, satisfait de son riesling et de son pinot gris VT au Clos Saint Landelin, et de son gewurztraminer grand cru Vorbourg. Mais pas sûr qu’il fera du muscat VT, une de ses spécialités, car il n’y aurait que 300 bouteilles. Il évoque la belle récolte VT et SGN de 2007, qui était aussi une vendange tardive précoce…

Le plus optimiste des vignerons sur les VT 2016 est Thomas Schlumberger, un des membres de la famille aux commandes du vaste domaine Schlumberger à Guebwiller, au sud de Colmar. Il n’est pas pressé, puisque les vins classiques sont rentrés et d’un haut niveau. Il surveille l’évolution des 10 ha laissés sur pied. « On va ramasser les derniers rieslings la semaine prochaine car ils n’évolueront plus, mais le pinot gris et le gewurztraminer commencent à bien botrytiser ». Encore une dizaine de jours pour le pinot et sans doute début décembre pour le gewurztraminer.