Le château de Chambord visible au loin, au-dessus des vignes.
Le château de Chambord visible au loin, au-dessus des vignes.

Chambord, son château Renaissance, son jardin à la Française… et son vignoble : 14 hectares de vignes plantés depuis 2015, et des premières vendanges en 2018. Pour ce joyau du patrimoine, c’est une belle aventure… mais elle est semée d’embûches.

La vue depuis le vignoble de Chambord est sublime. Au-dessus des 14 hectares de pinot noir, de romorantin, de gamay, flottent au loin les élégantes tours du château de François 1er. Les vignes, le château, la France éternelle… Une histoire cousue d’or pour les visiteurs du joyau des châteaux de la Loire. Une bouteille de vin estampillée « Château de Chambord » a tout pour devenir un « best-of » de la boutique souvenirs.

« La Cour des Comptes et Bercy nous ont clairement demandé que Chambord fonctionne en auto-financement d’ici 2020 », explique Pascal Thévard, directeur des bâtiments et des jardins de Chambord. Le vignoble a d’ailleurs été financé par l’appel à contributeurs, via la vente de ceps de romorantin, à 1000€ le pied et 600 acheteurs. Dès 2019, prévoit le responsable, le vin sera vendu aux alentours de 20€, aux visiteurs du château.

Mais le projet de vignes à Chambord n’est pas seulement économique, il est également « patrimonial et paysager », assure Pascal Thévard. Sur un plan de 1786, un « clos de vignes » apparaît à l’Ormetrou. Quatre hectares de romorantin, le cépage importé par François 1er, ont été plantés, issus d’une sélection massale d’une vigne âgée de 200 ans, appartenant au domaine Marionnet, partenaire du projet. Yann Saussereau, recruté pour conduire le domaine, conduira par ailleurs la vigne en bio.

Plantée en 2015, la vigne de Chambord devrait donc donner ses premiers raisins et vins cette année. Mais 2018 ne sera qu’un millésime « alpha », prévient le directeur, une phase de test, avant le « vrai » lancement des cuvées de Chambord en 2019, pour les 500 ans du château.

Avant cela, il y aura plusieurs obstacles à lever. Avant de pouvoir revendiquer les appellations Cheverny et Cour-Cheverny, une extension des ces aires d’appellations est nécessaire. Sans l’AOC, interdit d’afficher un nom de lieu-dit ou de mettre un château sur l’étiquette. Dommage pour la boutique souvenirs.

Autre écueil : la marque appartient depuis 2001 au groupe de spiritueux Brown-Forman, le géant du Jack Daniel’s, 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Des négociations ont été lancées, mais l’affaire semble prendre une tournure judiciaire.

Reste aussi à régler le problème du chai. Pascal Thévard et son équipe ont fait appel au cabinet d’architecte Jean-Michel Wilmotte, pour un « projet œnotouristique », qui doit d’abord être validé par les autorités du Patrimoine. Un chai temporaire a donc été construit pour les vendanges 2018.

Pascal Thévard, directeur des bâtiments et jardins de Chmabord et responsable de l’exploitation viticole, avec Yann Saussereau, le vigneron du domaine.