Innovation en Champagne. La maison Jeeper sépare la vendange de chacun des pieds. Ainsi, des ceps plus ou moins productifs ne sont plus vinifiés ensemble, mais par catégories homogènes. Il en résulterait de grandes différences de qualité.

Tout est parti de l’observation. « Au sein même de mes parcelles, j’observe de plus en plus d’hétérogénéité, note Nicolas Dubois à la tête de la Maison Jeeper. Il peut il y avoir deux à trois degrés d’écart et autant de différence de récolte entre deux pieds pourtant issus d’une vigne du même cépage, du même âge et taillées pareil. Selon qu’ils sont situés en haut ou en bas de la parcelle, qu’ils rencontrent plus ou moins de stress hydrique, des natures de sol un peu différentes, etc., le résultat ne sera pas du tout le même. »
D’où l’idée d’utiliser ce paramètre supplémentaire de segmentation, en formant 4 groupes selon la quantité de récolte portée par le cep : moins de 700 g ; jusqu’à 1400 g ; jusqu’à 2100 g ; au-delà.

Cette technique suppose à la vigne un aménagement considérable, puisqu’une cagette à fruit (louée à un prestataire de l’industrie arboricole) est déposée au pied de chaque cep, et qu’il est interdit d’y mettre ni moins ni plus que ce que porte la plante. Une approche totalement différente du système classique de vendange où l’on rassemble en panier puis en caisse de 40 à 50 Kg, soit l’équivalent d’une trentaine de ceps.
Ici, chaque cagette est superposée sans écrasement avec son précieux contenu, puis amenée au pressoir où elle pesée sur une balance à fruit et séparée en quatre catégories : ensemble les raisins des vignes ayant porté peu de récolte, ensemble les plus productives, etc.

« La nuit et le jour »

Chaque catégorie est pressée séparément dans un petit pressoir puis fermentée dans des fûts en bois de 228 et 600 l, prochainement aussi dans des petites cuves inox. Testée l’année dernière sur quelques hectares, l’expérience a été élargie cette année à 15 ha, l’objectif étant d’atteindre rapidement l’intégralité des 52 ha du vignoble maison.

Le jeu d’un tel travail d’orfèvre en vaut-il la chandelle ? « Assurément, répond sans hésitation Nicolas Dubois. Sur les vins clairs 2017 que nous avons goûtés, les différences entre les catégories sont comme la nuit et le jour, comme du vin et de l’eau. » Le tirage a eu lieu, et il faut à présent s’armer de patience pendant 4 ans avant de pouvoir tester les premières bouteilles. « C’est comme le 1er et le 2nd vin d’un château bordelais », reprend le dirrigeant. Avec l’objectif à terme de faire ressortir la qualité la plus réussi de cette sélection, qui viendrait élargir la gamme Jeeper d’une nouvelle référence exclusive. Le nom « Unik » a été déposé.

D’ici là, Nicolas Dubois réfléchit à un système de noria qui permettrait de simplifier la manutention des cagettes. Et il va même plus loin : son rêve à terme serait de pouvoir numériser les parcelles avec un code-barre sur chaque pied de vigne, reporté sur la cagette. « On entrerait alors dans une autre dimension en termes de traçabilité », s’exclame-t-il, les yeux brillants ! »