(photo : Guillaume Rivière)
(photo : Guillaume Rivière)

Le vignoble de Bergerac-Duras est situé au cœur du Périgord pourpre. Et, dans ces vignes, entre Dordogne et Lot-et-Garonne, la part de vignerons faisant le choix du respect de l’environnement et des paysages, grâce à l’agriculture biologique, ne cesse de progresser. Au cœur du Périgord pourpre, des vignerons aux mains vertes qui nous ont ouvert leurs portes pour une Escapade publiée dans le Terre de Vins 59, actuellement en kiosque.

Épisode 4/6 : Domaine Julien Auroux, le terroir dans le sang

Voilà une étoile montante. Installé depuis 2013 à Boisse, à l’extrême sud de l’appellation, Julien Auroux se fait remarquer à chaque nouveau millésime par ses vins tout en précision et justesse. On veut déguster ses cuvées en Belgique, en Suisse, au Canada ou encore en Allemagne, ses vins investissent les tables étoilées comme Le Moissonnier (2 étoiles), à Cologne, ou Étincelles (1 étoile), dans le sud du Périgord (voir carnet pratique).
Le parcours d’installation n’a pourtant pas été une évidence pour Julien Auroux. Il grandit à Bordeaux jusqu’à ses 14 ans, « n’aime pas tellement l’école ». Intéressé par le métier de la vigne, il se forme au lycée viticole de Monbazillac, part dans la foulée huit mois en Australie, revient pour un temps à L’Église-Clinet à Pomerol, une « expérience importante pour apprendre », se souvient-il. Avant de travailler pendant huit ans comme maître de chai au château Montdoyen, à Monbazillac.
Il y a bien ces terres, à Boisse, près d’Issigeac, comportant quelques hectares de vigne, dans la famille depuis Napoléon III. Son grand-père y élevait des vaches laitières. Son père reprend la ferme, en y installant des chevaux, des canards, des poules, « une ferme à l’ancienne, avec un modèle économique très fragile », confie le vigneron. Julien ne s’entend pas avec son père, ni sur le projet de vignoble, ni sur la partie environnementale. Mais, après une déception d’installation qui ne se fait pas à Fitou, retour à la case départ, avec cette fois une vision, l’envie de reprendre le fil familial. « Il faut une certaine naïveté pour se lancer dans ce genre d’aventure », sourit-il timidement. Sans grands moyens, mais avec beaucoup de motivation et de travail, Julien Auroux entreprend des travaux dans la grange pour le chai, retape sa maison en même temps, aidé par son épouse, Charlotte. Il convertit les 11 hectares de vigne en bio et encaisse une première année au rendement très faible. Mais le cap reste fixé : atteindre une qualité optimale grâce au terroir de calcaire et d’argiles profondes, dans lequel il croit beaucoup. « Tous les jours j’apprends, j’ai l’impression de remettre de plus en plus en question la méthode apprise, je ne veux plus travailler avec du bois. » Macérations de plus en plus courtes, élevage long en cuves de béton, levures indigènes autant que faire se peut, il reste à l’affût d’une identité de raisin et de terroir, souhaite se débarrasser du superflu. « Il ne faut pas essayer d’imiter les vins de Bordeaux comme on a pu faire pendant longtemps à Bergerac, mais faire le meilleur vin possible, le plus naturel à l’endroit où on est. »
Sans bois ni loi 2017 (12 €) ou encore Cimes dans la brume 2017 (17 €) sont des preuves que le cabernet sauvignon et le merlot n’ont pas forcément besoin d’élevage en fûts pour s’accomplir. Nets, tout en fruits et arômes précis, matière dense, fraîcheur naturelle, le potentiel de garde est là. En blanc, on aime le Sans bois ni loi 2018, sauvignons et sémillons mûrs, frais et tendus, propices à une cuisine végétale printanière.

24560 Boisse
06 49 87 45 16