(Photo I. Bachelard)
(Photo I. Bachelard)

Quand deux vignerons nés près de la mer prennent rendez-vous avec un meilleur sommelier du monde pour savourer des huîtres, des accords irrésistibles voient le jour : chaque cru d’huîtres découvre son cru de Muscadet favori.

Pour commencer, il y a deux vignerons nés dans des familles enracinées chacune dans leur terroir des bords de Loire. Jérémie Huchet est un habitué des huîtres puisque son vignoble des portes de Nantes, le domaine de la Chauvinière, est en Muscadet de Sèvre & Maine, le classique compagnon des coquillages. Jérémie Mourat, vigneron en Fiefs Vendéens, un rien plus à l’ouest, a grandi auprès des parcs à huîtres de l’océan. Il y a maintenant douze ans qu’ils se sont rencontrés et ont eu l’idée de s’associer pour mettre en lumière les nuances des grands terroirs de Muscadet – sans bien sûr abandonner leur exploitation familiale.

Les Bêtes Curieuses

Ils avaient à peine trente ans et n’ont pas hésité à créer sous le nom des « Bêtes Curieuses », des cuvées choisies avec soin parmi les différents terroirs du Muscadet, si différentes des muscadets bon marché qui déshonorent parfois leur pays. A quadriller le vignoble, ils ont sélectionné des parcelles au sein du Domaine de La Chauvinière, en ont acheté d’autres et se sont unis pour le cru Gorges à un vigneron qui travaille dans le bon esprit, c’est-à-dire respect de la nature grâce au travail des sols, sans engrais chimique, avec des vendanges manuelles, des levures indigènes et des élevages aussi longs que nécessaire, sur lies bien sûr.

Avec la complicité du meilleur sommelier du monde Olivier Poussier, ils ont réuni des huîtres de différentes provenances et trouvé six succulents mariages. Un des préférés de Jérémie Mourat est celui des huîtres de pleine mer de Prat-ar-Coum élevées par Yvon Madec avec le cru communal de Muscadet de Sèvre & Maine Château-Thébaud, un terroir d’arène granitique qui confère au vin un potentiel de vieillissement exceptionnel. D’où l’unanimité qui s’est faite sur le 2012, un vin gras et riche, qui équilibre bien la vivacité et le caractère iodé des coquillages de la pointe de Bretagne. Il a aussi aimé l’accord entre les spéciales de claires Marennes Oléron de Mathias Legras, charnues et douces avec le terroir de Monnières-Saint-Fiacre 2014, à la note finalement salée.

Melon de Bourgogne, cépage protéiforme

L’accord le plus délicat s’est fait entre les plates de Bretagne Sud de la maison Cadoret, à Riec-sur-Belon avec le cru Gorges 2012, un vin dense, tendu élégant, né sur un sol marqué par l’argile bleue et élevé pendant 48 mois sur lies totales. Quant aux méditerranéennes huîtres de Bouzigues de Tarbouriech, les plus salées, elles ont trouvé leur Muscadet avec le solaire cru Clisson 2014 aux notes poivrées. La preuve que le cépage melon de Bourgogne, introduit par les Bourguignons sur les rives de Loire depuis le début du 17è siècle (ou la fin du Moyen-âge selon une autre source) s’est parfaitement adapté au climat océanique du pays nantais et à sa multitude de sols. Un véritable révélateur de terroir.