Photo Isabelle Bachelard
Photo Isabelle Bachelard

En moins de vingt ans, les vins espagnols du domaine Pingus ont gravi tous les échelons de la renommée. Chers, recherchés dans le monde entier, ils se trouvent au compte-goutte et font rêver les amateurs.

Quand on déguste Pingus 2013 aujourd’hui, on est impressionné par sa fermeté, sa densité, sa texture très serrée et sa fraîcheur en finale, étonnante derrière la puissance. On sent que ce vin a besoin de temps pour s’épanouir. Peter Sisseck, l’œnologue danois qui a posé ses valises en Espagne il y a 25 ans, raconte le millésime : « Petite année atlantique, proche de ce que j’aime. Les vieilles vignes s’expriment mieux dans les petites années. » Selon lui, dans les grands terroirs, il n’y aurait pas la même notion « d’effet » millésime : seulement une fenêtre de buvabilité plus réduite dans les petites années, mais avec un résultat peut-être plus intéressant. Il explique aussi l’intérêt d’allier des lieux-dits complémentaires, Barroso et San Cristobal, le plus structuré, car « le magique naît de leur assemblage ».

A l’épreuve de la table

Le collectionneur François Audouze, créateur de l’Académie des vins anciens, a eu l’idée d’une confrontation entre la jeune star et d’éminents aînés au cours d’un de ses repas-fleuves. Avec un château Haut-Bailly 1964 et des encornets aux oignons confits, la juxtaposition est « devenue naturelle, après oxygénation ». Avec le canard sauvage en cocotte, le chateauneuf-du-pape Henri Bonneau Réserve des Célestins 1988 et le Pingus 2008 se sont également rapprochés « comme s’ils voulaient se confondre, le Pingus devenant rhodanien ». Il n’y a qu’avec la Romanée Saint-Vivant 1995 du domaine de la Romanée-Conti que le Pingus, en 1998, n’a pas su s’accorder, malgré le ris de veau qui les accompagnait. Chaque cru a gardé ses qualités : « L’Espagnol puissant a mis ses gants de velours, le Bourguignon virevoltait comme un danseur étoile, mais les vins ne se sont pas parlé », conclut François Audouze. Deux réussites sur trois accords. La moyenne est plus qu’acceptable pour le cadet d’Espagne, dont les prix (qui avoisinent le millier d’euros sur les millésimes récents) n’ont pas à rougir face au mythique cru bourguignon.