Samedi 14 Mars 2026
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14.03.2026
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Alors que les bourgeons pointent leur nez avec une avance historique, le vignoble champenois retient son souffle. Entre records de précocité et menaces météo, les vignerons s’engagent dans une surveillance de chaque instant. Le gel, ennemi juré du début d'année, rôde sur les parcelles les plus précoces, faisant craindre pour la récolte 2026.
Cette année le débourrement (le moment où le bourgeon sort de son cocon) est extrêmement précoce. Pour certains cépages comme le Chardonnay, les premiers signes ont été observés dès les 8 et 9 mars, du jamais vu.
« Personnellement, je n’ai pas souvenir d’un débourrement aussi tôt dans l’année, depuis que je fais ce métier », confie Vincent, du Champagne Labruyère. Cette avance spectaculaire est un cadeau empoisonné. La vigne, en sortant de son cocon si tôt, s'expose de plein fouet au gel. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les premiers bourgeons ont déjà affronté des températures légèrement en dessous de 0. Pour Vincent, il est encore trop tôt pour voir s’il y a des dégâts « Les gelées, il faut attendre deux à trois jours pour voir si elles sont vraiment visibles sur la vigne ».
Le risque est d'autant plus grand que la météo s'annonce instable. Sébastien Dubuisson, du Comité Champagne, surveille de près l’humidité et les annonces de températures négatives entre -2 et -5°C pour ce week-end. « La date moyenne du débourrement de tous les cépages en Champagne est autour du 10 à 15 avril, sur les 10 dernières années », pour lui 2026, « ne ressemble à rien» de ce que les modèles habituels prévoient. Si le chardonnay est un cépage plus précoce, le pinot noir et le meunier sont, pour l’instant, un peu plus en retrait, offrant un peu de répit.
Pour l’heure les vignerons, restent vigilents « On va tendre le dos pendant un mois, un mois et demi », prévient Vincent. L'objectif est de franchir les étapes critiques : d'abord la mi-avril, puis le cap fatidique des Saints de Glace les 11, 12 et 13 mai. Historiquement, ce sont les dernières dates où le gel peut frapper avant que la douceur ne s'installe pour le reste de l’année. Un seul gros coup de froid d’ici là suffirait à brûler le bourgeon.
Si l'inquiétude est si vive, c'est aussi parce que les réserves souffrent . « En Champagne, nous avons la chance de disposer d’un système de réserve, mais il doit tout de même être alimenté », souligne Sébastien Dubuisson. Après une année 2024 qui a lourdement impacté le dispositif et un millésime 2025 n'ayant pas réussi à combler les manques, ce filet de sécurité doit impérativement être renouvelé. « Il faudrait être serein avec 2026 pour constituer une nouvelle réserve », insiste-t-il. Sans une récolte généreuse et de qualité cette année, les vignerons pourraient se retrouver dans une impasse.

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