La parcelle du Clos Lanson dans sa partie la plus ancienne,  ceinte d’un mur. Photo Jean-Baptiste Delerue.
La parcelle du Clos Lanson dans sa partie la plus ancienne, ceinte d’un mur. Photo Jean-Baptiste Delerue.

Voici un vrai clos historique en plein cœur de Reims et du Domaine Lanson. Vendangé et vinifié à part depuis 2006, le nectar est enfin disponible à la vente.

Le ton est un peu tendu, l’émotion perceptible dans la voix d’Hervé Dantan, chef de caves de Lanson. « C’est un moment particulier pour la maison. Nous lançons cette semaine le Clos Lanson, cette parcelle au cœur du domaine, au cœur de la ville de Reims, dont la trace remonte jusque dans des archives du 18e siècle. » Plus que le lancement d’une nouvelle cuvée, voici pour la maison rémoise une étape historique.
Le Clos Lanson est une parcelle unique, un hectare de chardonnay en plein cœur de Reims, avec une vue imprenable sur la cathédrale. C’est aussi une parcelle historique : aussi loin que remonte l’histoire du champagne Lanson, elle n’a jamais quitté le patrimoine de la maison. Aujourd’hui encore, elle est vendangée par ses employés, donnant lieu à une vraie fête. Enfin c’est une parcelle centrale, puisqu’elle est située au dessus des caves.
De par sa situation urbaine et sa géologie (la craie filtrante de la butte de Courlancy), la parcelle du Clos Lanson est toujours plus précoce et plus mûre que les autres vignobles autour de la ville. Si la maison avait depuis toujours remarqué et utilisé cette aptitude en assemblage, ce n’est que depuis 2006 que Philippe Baijot, devenu Pdg de la maison, a eu l’idée de vinifier le clos à part. Pour sa vinification, des fûts, en partie de la forêt d’Argonne proche, le solde en provenance de Bourgogne. Et un modus operandi très classique chez Lanson : pas de « malo » pour préserver la fraîcheur et le fruit, puis de très longs élevages.

Le bijou de famille arrive aujourd’hui en marché. Dix ans après. Pour le faire découvrir et « entrer dans l’univers du cru » puisqu’il n’existe pas d’autre parcelle comparable en Champagne, Lanson avait choisi de faire déguster pour son lancement tous les vins produits sur la parcelle de 2015 à 2006, qui seront successivement mis en vente dans les prochaines années.

Premier constat : il faut bien attendre 10 ans de patine pour un tel vin ! 2015 (vin clair non encore champagnisé), 2014 (9 mois seulement après sa prise de mousse, en plein cocon), 2013 (encore très levurien et anguleux), sont des vins dont il faut être spécialiste pour deviner le papillon qu’ils donneront !
La bascule commence avec 2012 (très crémeux, floral et salin), 2011 (en finesse, amande et grany smith), 2010 (aromatique subtile de fines herbes).
Et à partir de 2009 (large d’épaule, bouche miellée, épicée et retour salin) arrive une troisième dimension d’élevage. 2008 (profond, élégant, dense, minéral), 2007 (pâtissier, et écho citron-caviar).

Deuxième constat : Clos Lanson est globalement dans sa maturité un vin riche, qui exprime une personnalité solaire de clos. Il en est de ce fait très charmeur par ses arômes sur les millésimes froids comme 2010 ou 2011. Sur les millésimes plus opulents comme 2009, la vinification « sans malo » et un squelette minéral, toujours très présent, le tiennent droit. Mais il demeure dans tous les cas un champagne large d’épaules, une personnalité haute en couleur dans la gamme Lanson.
2006 est dans cette veine. Voici un vin avec une large dimension tactile et une générosité aromatique, une bouche très tendre, très velours, resserrée d’un trait de thé noir en finale. Les notes sont fumées, pralin & caramel beurre salé, arachide, sous-bois sec de feuilles de chêne, pour finir feuilles nori et thé noir.

Voici une grande bouteille à déguster pour elle-même, ou bien accompagnée d’un mélange terre-mer de coquilles saint-jacques et girolles, sur une endive braisée et son amertume salivante que le vin enrobera à merveille. Le Clos Lanson 2006 entre en marché à partir de mai 2016. 7870 flacons numérotés vendus au prix de 195 €.