Du 2 au 4 avril, le Château Fonroque à Saint-Emilion était le porte-drapeau de Biodyvin, le label du Syndicat International des Vignerons en Culture Bio-Dynamique. Point d’orgue de ces trois jours : une conférence « Désapprendre à déguster » animée par Bruno Quenioux.

C’était l’un des temps forts de la Semaine des Primeurs à Bordeaux. Un événement « off » qui valait bien des manifestations « officielles »… Du 2 au 4 avril, le Château Fonroque, Grand Cru Classé de Saint-Emilion, est devenu le quartier général du SIVCBD (Syndicat International des Vignerons en Culture Bio-Dynamique) pour accueillir une grande dégustation de vins produits en biodynamie. Le Bordelais était à l’honneur bien sûr, mais d’autres régions étaient invitées comme l’Alsace, la Champagne, la Bourgogne, la vallée de la Loire, la vallée du Rhône… Soit une quarantaine de propriétés au total, dont le Château Fonroque bien sûr, ou encore le Château Moulin du Cadet et le Clos Puy Arnaud (deux beaux représentants de la biodynamie sur la Rive Droite), mais aussi quelques superbes domaines comme Trapet en Bourgogne, Fleury et Françoise Bedel en Champagne, Zind-Humbrecht en Alsace, François Chidaine à Montlouis-sur-Loire, Olivier Pithon en Catalogne…

Le goût de la biodynamie

Les Primeurs représentaient l’occasion idéale d’attirer l’attention de quelques-uns des 5000 visiteurs attendus à Bordeaux durant la semaine sur les vertus de la biodynamie. « On veut profiter que le monde du vin soit là pour montrer un autre aspect de la viticulture », a ainsi confié à l’AFP Alain Moueix, propriétaire du Château Fonroque.

Pour rappel, la biodynamie est une approche de la production agricole (initiée par Rudolf Steiner dans les années 1920) prônant un respect absolu de la plante et du terroir grâce à des préparations issues de matières végétales, animales et minérales, un travail naturel des sols (labours et griffages) et grâce à l’observation de cycles naturels et astraux considérant la terre comme un organisme à part entière. Une conception à la fois écologique, responsable et spirituelle de l’agriculture – ou dans le cas présent, de la viticulture – à laquelle se convertissent de plus en plus de producteurs soucieux de signer des vins « purs » et « au plus près du terroir ». Créé en 1995, le SIVCBD réunit aujourd’hui 72 vignerons en France et en Allemagne, qui adhèrent depuis 1998 au label Biodyvin, relevant d’un cahier des charges très exigeant.

Désapprendre à déguster

Le point d’orgue de ces trois jours dédiés à la biodynamie fut la conférence « Désapprendre à déguster » animée par Bruno Quenioux. Ce sommelier et œnologue, qui depuis trente ans milite pour une approche différente du vin et de sa dégustation, a créé et dirigé la cave du Lafayette Gourmet avant d’ouvrir sa propre cave, Philo Vino, dans le Vème arrondissement de Paris. Lundi 2 avril, Bruno Quenioux a invité son auditoire à explorer de nouveaux territoires. En revenant à l’essence même du vin (l’eau, la roche, le terroir), en invoquant les sagesses occidentales comme orientales pour réinventer les notions d’unification, d’offrande et d’ivresse (au sens premier du terme, l’exaltation spirituelle), ce « philosophe du vin » a tracé les contours d’une autre idée du vin.

Une idée mise ensuite en pratique par la dégustation de quatre vins : Les Aînés 2007 de Montirius, Château Fonroque 2007, Les Lys 2009 du Domaine François Chidaine, et Deidesheimer Langenmorgen PC 2008 de Dr Bürklin Wolf. Chaque vin fut goûté alternativement dans un verre traditionnel et dans un verre en cristal Baccarat spécialement conçu par Bruno Quenioux. Outre l’approche paisible, extrasensorielle à la fois mystique et simplifiée de la dégustation prônée par l’hôte du soir, ce verre « Château Baccarat » aux courbes inattendues présente la caractéristique étonnante de polir, épurer et unifier les arômes et la texture du vin. Une authentique expérience de dégustation, et un intense moment de plaisir. Qui a un prix : les verres « Château Baccarat » sont commercialisés 70 € l’unité ! Mais en s’associant au savoir-faire ancestral de la plus grande cristallerie française, Bruno Quenioux va au bout de sa philosophie : unir, dans un même geste, la terre à l’esprit, le contenu et le contenant, pour réinventer la dégustation et penser le vin autrement.

Mathieu Doumenge